Walter se mit à applaudir. Je ne comprenais rien à son excitation. Il se précipita vers la porte et cria dans le couloir que j'étais réveillé, et cette nouvelle semblait le mettre en joie. Il resta la tête penchée au-dehors et se retourna, tout dépité.
– Je ne sais pas comment vous faites pour vivre dans ce pays, on dirait que la vie s'interrompt à l'heure du déjeuner. Pas même une infirmière, on croit rêver. Ah oui, je vous ai promis de vous dire où nous étions. Nous sommes au troisième étage de l'hôpital d'Athènes, au service des infections pulmonaires, chambre 307. Lorsque vous le pourrez, il faudra venir contempler la vue, c'est assez joli. Depuis votre fenêtre on voit la rade, c'est rare pour un hôpital de jouir d'un tel panorama. Votre mère et votre délicieuse tante Elena ont retourné ciel et terre pour que l'on vous mette dans une chambre individuelle. Les départements administratifs n'ont pas eu une seconde de répit. Votre délicieuse tante et votre mère sont deux saintes femmes, croyez-moi.
– Qu'est-ce que je fais ici, et pourquoi suis-je attaché ?
– Comprenez que la décision de vous sangler ne s'est pas prise de bon cœur, mais vous avez connu quelques épisodes de delirium suffisamment violents pour que l'on juge plus prudent de vous protéger de vous-même. Et puis les infirmières en avaient assez de vous retrouver par terre au milieu de la nuit. Vous êtes drôlement agité dans votre sommeil, c'est à peine croyable ! Bon, je suppose que je n'en ai pas le droit, mais étant donné que tout le monde fait la sieste, je me considère comme la seule autorité compétente et je vais vous libérer.
– Walter, vous allez me dire pourquoi je suis dans une chambre d'hôpital ?
– Vous ne vous souvenez de rien ?
– Si je me souvenais de quoi que ce soit, je ne vous poserais pas la question !
Walter se dirigea vers la fenêtre et regarda au-dehors.
– J'hésite, dit-il, songeur. Je préférerais que vous ayez récupéré des forces, nous parlerons ensuite, promis.
Je me suis redressé sur mon lit, ma tête tournait, Walter se précipita pour m'empêcher de tomber.
– Vous voyez ce que je vous dis, allez, allongez-vous et calmez-vous. Votre mère et votre délicieuse tante se sont fait un sang d'encre, alors soyez gentil d'être éveillé quand elles viendront vous rendre visite en fin d'après-midi. Pas de fatigue inutile. Zou ! c'est un ordre ! En l'absence des médecins, des infirmières et d'Athènes tout entière qui roupille, c'est moi qui commande !
J'avais la bouche sèche, Walter me tendit un verre d'eau.
– Doucement, mon vieux, vous êtes sous perfusion depuis très longtemps, je ne sais pas si vous êtes autorisé à boire. Ne faites pas le malade difficile, je vous en prie !
– Walter, je vous donne une minute pour me dire dans quelles circonstances je suis arrivé ici ou j'arrache tous ces tubes !
– Je n'aurais jamais dû vous détacher !
– Cinquante secondes !
– Ce n'est pas bien de votre part ce petit chantage, vous me décevez beaucoup, Adrian !
– Quarante !
– Dès que vous aurez vu votre mère !
– Trente !
– Alors aussitôt que les médecins seront passés et m'auront confirmé votre rétablissement.
– Vingt !
– Mais vous êtes d'une impatience insupportable, cela fait des jours et des jours que je vous veille, vous pourriez me parler autrement, quand même !
– Dix !
– Adrian ! hurla Walter, retirez-moi immédiatement cette main de votre perfusion ! Je vous avertis, Adrian, une goutte de sang sur ces draps blancs et je ne réponds plus de rien.
– Cinq !
– Bon, vous avez gagné, je vais tout vous dire, mais soyez certain que je vous en tiendrai rigueur.
– Je vous écoute, Walter !
– Vous n'avez aucun souvenir de rien ?
– De rien.
– De mon arrivée à Hydra ?
– Ça, oui, je m'en souviens.
– Du café que nous avons bu à la terrasse du bistrot voisin du magasin de votre délicieuse tante ?
– Aussi.
– De la photo de Keira que je vous ai montrée ?
– Bien sûr que je m'en souviens.
– C'est bon signe... Et ensuite ?
– C'est assez vague, nous avons pris la navette d'Athènes, nous nous sommes salués à l'aéroport, vous rentriez à Londres, je partais en Chine. Mais je ne sais même plus si c'était la réalité ou un long cauchemar.
– Non, non, je vous rassure, c'était tout à fait réel, vous avez pris l'avion, même si vous n'êtes pas allé bien loin, mais reprenons à partir de mon arrivée à Hydra. Oh, et puis à quoi bon perdre du temps, j'ai deux nouvelles à vous annoncer !
– Commencez par la mauvaise.
– Impossible ! Sans connaître d'abord la bonne, vous ne comprendrez rien à la mauvaise.
– Alors puisque je n'ai pas le choix, allons pour la bonne...
– Keira est vivante, ce n'est plus une hypothèse mais une certitude !
J'ai bondi dans mon lit.
– Eh bien voilà, le principal étant dit, que pensez-vous d'une petite pause, un entracte en attendant votre maman, ou les docteurs, ou les deux d'ailleurs ?
– Walter, cessez ces simagrées, quelle est la mauvaise nouvelle ?