– Non, je ne suis pas d'accord, nous nous ferions repérer aussitôt et je serais compromis.
– Pas si vous acceptiez de brancher un petit objet derrière votre terminal.
– Quel genre d'objet ?
– Un appareil qui permet d'ouvrir une liaison aussi discrète qu'indétectable.
– Vous sous-estimez le groupe. Les jeunes informaticiens qui y travaillent sont recrutés parmi les meilleurs, ce sont même pour certains d'anciens hackers redoutables.
– Tous deux nous jouons mieux aux échecs que n'importe quel jeune d'aujourd'hui, faites-moi confiance, dit Ivory en tendant un petit boîtier à Vackeers.
Vackeers regarda l'objet avec un certain dégoût.
– Vous voulez me mettre sur écoute ?
– Je veux juste me servir de votre code pour accéder au réseau, je vous assure que vous ne risquez rien.
– Si l'on me suspecte, je risque d'être arrêté et traduit en justice.
– Vackeers, puis-je ou non compter sur vous ?
– Je vais réfléchir à ce que vous me demandez, et je vous ferai connaître ma réponse dès que j'aurai pris ma décision. Votre petite histoire m'a ôté tout appétit.
– Je n'avais pas très faim non plus, confia Ivory.
– Tout cela en vaut-il vraiment la peine ? Quelles sont leurs chances d'aboutir, le savez-vous seulement ? demanda Vackeers en soupirant.
– Seuls, ils n'en ont guère, mais si je mets à leur disposition les informations que j'ai accumulées en trente années de recherches, alors il n'est pas impossible qu'ils découvrent les fragments manquants.
– Parce que vous avez une idée de l'endroit où ils se trouvent ?
– Vous voyez, Vackeers, il y a peu, vous doutiez même de leur existence et, aujourd'hui, vous vous souciez de l'endroit où ils sont cachés.
– Vous n'avez pas répondu à ma question.
– Je crois que c'est tout le contraire.
– Alors où sont-ils ?
– Le premier fut découvert au centre, le deuxième au sud, le troisième à l'est, je vous laisse deviner où pourraient être les deux derniers. Réfléchissez à ma requête, Vackeers, je sais qu'elle n'est pas anodine et qu'elle vous coûte, mais je vous l'ai dit, j'ai besoin de vous.
Ivory salua son ami et s'éloigna ; Vackeers lui courut après.
– Et notre partie d'échecs, vous ne comptez pas partir comme ça ?
– Vous pouvez nous préparer une petite collation chez vous ?
– Je dois avoir du fromage et quelques toasts.
– Alors avec un verre de bon vin, cela fera l'affaire et préparez-vous à perdre, vous me devez une revanche !
*
* *
Athènes
Keira et moi étions assis sur la terrasse. Grâce aux soins prodigués par la doctoresse, je reprenais des forces et pour la première fois j'avais passé une nuit sans tousser. Mon visage avait retrouvé des couleurs qui rassuraient presque ma mère. La doctoresse avait profité de son séjour forcé pour examiner Keira et lui prescrire décoctions de plantes et compléments de vitamines. La prison lui avait laissé quelques séquelles.
La mer était calme, le vent était tombé, le petit avion de notre médecin pourrait redécoller aujourd'hui.
Nous nous retrouvions à la table du petit déjeuner où maman avait préparé un repas avec autant d'attention que si cette doctoresse avait été reine. Pendant cette période où je n'avais pas été au mieux, elles avaient passé ensemble des heures entières à partager histoires et souvenirs entre la cuisine et le salon. Maman s'était passionnée pour les aventures de cette femme, médecin volant, qui se rendait d'île en île au chevet de ses malades. En partant, la doctoresse me fit promettre de prolonger de quelques jours au moins ma convalescence avant d'envisager de faire quoi que ce soit d'autre ; conseil que ma mère lui fit répéter deux fois au cas où je n'aurais pas bien entendu. Elle la raccompagna jusqu'au port, nous laissant enfin quelques moments d'intimité.
Dès que nous fûmes seuls, Keira vint s'asseoir à mes côtés.
– Hydra est une île charmante, Adrian, ta maman est une femme merveilleuse, j'adore tout le monde ici, mais...
– Moi aussi je n'en peux plus, dis-je en l'interrompant. Je rêve de ficher le camp avec toi. Cela te rassure ?
– Oh oui ! soupira Keira.
– Nous nous sommes fait la belle d'une prison chinoise, je pense que nous devrions réussir à nous échapper d'ici sans trop de difficultés.
Keira regarda le large.
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– J'ai rêvé d'Harry cette nuit.
– Tu veux retourner là-bas ?
– Je veux le revoir. Ce n'est pas la première fois que je rêve de lui, Harry est souvent venu me rendre visite dans mes nuits à la prison de Garther.
– Repartons dans la vallée de l'Omo si c'est ce que tu souhaites, je t'avais promis de t'y raccompagner.
– Je ne sais même pas si j'y aurais encore ma place, et puis il y a nos recherches.
– Elles nous ont déjà assez coûté, je ne veux plus te faire courir de risques.
– Sans vouloir faire ma maligne, je suis revenue plus en forme de Chine que toi. Mais j'imagine que la décision de poursuivre ou non nous appartient à tous deux.
– Tu connais mon point de vue.
– Où se trouve ton fragment ?