Le soir, pendant les danses, chacun était au courant de l’incident. La reine avait fait mine de « recommander » Robert d’Artois. Celui-ci montrait son visage des très mauvais jours. Pour les caroles, il refusa ostensiblement la main à la duchesse de Bourgogne, et alla se planter devant la reine Jeanne, laquelle ne dansait jamais à cause de son infirmité ; il resta là un long instant, le bras arrondi comme s’il l’invitait, ce qui était méchant affront de revanche. Les épouses cherchaient des yeux leurs maris ; les violes et les harpes se faisaient entendre dans un silence angoissé. Il eût suffi du plus léger éclat pour que le tournoi fût avancé d’une nuit et que la mêlée commençât aussitôt, dans la salle de bal.

L’entrée du roi d’armes, escorté de ses hérauts, et qui venait pour une nouvelle proclamation, produisit une utile diversion.

— « Or, oyez, hauts et puissants princes, seigneurs, barons, chevaliers et écuyers qui êtes au tournoi parties ! Je vous fais assavoir de par Messeigneurs les juges diseurs que chacun de vous soit demain dedans les rangs à l’heure de midi, en armes et prêt pour tournoyer, car à une heure après midi les juges feront couper les cordes pour commencer le tournoi, auquel il y aura de riches dons par les dames donnés. Outre plus, je vous avise que nul d’entre vous ne doit amener dedans les rangs valets à cheval pour vous servir outre la quantité, à savoir : quatre valets pour princes, trois pour comtes, deux pour chevaliers et un pour écuyers, et des valets de pied chacun à son plaisir, comme ainsi en ont ordonné les juges. Outre plus, s’il plaît à vous tous, vous lèverez la main dextre en haut vers les saints, et tous ensemble promettrez que nul d’entre vous audit tournoi ne frappera à son escient d’estoc, ni non plus de la ceinture jusque plus bas ; et d’autre part, si, par cas d’aventure, le heaume choit de la tête à aucun d’entre vous, nul autre ne le touchera tant que son heaume ne sera remis et lacé ; et vous vous soumettrez, si vous en faites autrement, à perdre armure et destrier, et à être criés bannis du tournoi les autres fois. Et ainsi vous jurez et promettez par la foi, sur votre honneur. »

Tous les tournoyeurs présents levèrent la main et crièrent :

— Oui, oui, nous le jurons !

— Prenez bien garde, demain, dit le duc de Bourgogne à ses chevaliers, car notre cousin d’Artois pourrait se montrer mauvais et ne pas respecter toutes les semonces.

Et puis l’on se remit à danser.

<p><strong>VIII</strong></p><p><strong>HONNEUR DE PAIR, HONNEUR DE ROI</strong></p>

Chaque tournoyeur se trouvait dans le pavillon de drap brodé où flottait sa bannière et s’y faisait équiper. D’abord les chausses de mailles auxquelles on fixait les éperons ; puis les plaques de fer qui couvraient les jambes et les bras ; ensuite le haubert de cuir épais par-dessus lequel on revêtait l’armure de corps, sorte de tonnelet de fer, articulé ou bien d’une seule pièce, selon les préférences. Venaient ensuite la cervelière de cuir pour protéger des chocs du heaume, et le heaume lui-même, empanaché ou surmonté d’emblèmes, et qui se laçait au col du haubert par des lanières de cuir. Par-dessus l’armure, on passait la cotte de soie, de couleur éclatante, longue, flottante, avec d’immenses manches festonnées qui pendaient aux épaules, et des armoiries brodées sur la poitrine. Enfin le chevalier recevait l’épée, au tranchant émoussé, et l’écu, large ou rondache.

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