— Dépêchez-vous, les sacs à merde ! Vous n'avez pas encore terminé ici ?
— On fait ce qu'on peut, Monsieur Skunk, se défendit Hillel.
— Eh bien, faites plus ! Et je m'appelle
Comme il le faisait souvent, il agita devant eux une pelle, comme s'il menaçait de les frapper.
— J'ai eu Madame Balding au téléphone. Elle dit que vous n'êtes pas passés chez elle la semaine dernière et qu'elle a failli ne pas pouvoir sortir de sa maison.
— On était en vacances, plaida Woody.
— Je m'en fous, les sacs à merde ! Dépêchez-vous !
— Vous inquiétez pas, M'sieur Skunk, le rassura Hillel, on va travailler dur. Bunk devint pourpre.
—
—
—
Woody et Hillel se précipitèrent. Il se tordait comme un ver. « Mon dos ! souffla-t-il comme s'il était paralysé. Mon dos, bordel de merde ! » Le pauvre Skunk avait crié tellement fort qu'il s'était bloqué le dos. Hillel et Woody le traînèrent jusque chez eux. Tante Anita l'installa sur le canapé du salon et l'ausculta. Apparemment, c'était un nerf coincé. Rien de grave, un repos total s'imposait. Elle lui prescrivit des calmants et ramena Skunk chez lui. Oncle Saul, Woody et Hillel la suivirent avec la camionnette de jardinage récupérée dans la rue voisine. Après avoir installé Skunk dans son lit, Tante Anita et Oncle Saul allèrent chercher des médicaments et lui faire quelques courses, tandis que Woody et Hillel lui tenaient compagnie. Installés au bord de son lit, ils virent soudain une larme perler de son œil et rouler dans le sillon d'une ride qui creusait sa vieille peau tannée par les années passées dehors. Skunk pleurait.
— Pleurez pas, M'sieur Skunk, lui dit gentiment Woody.
— Je vais perdre mes clients. Si je ne peux pas travailler, je vais perdre tous mes clients.
— Faut pas vous inquiéter pour ça, M'sieur Skunk. Nous, on va s'occuper de tout.
— Les petits sacs à merde, faites-moi la promesse que vous allez bien vous occuper de mes clients.
— On vous le promet, pauvre petit Monsieur Skunk.
Le soir de l'incident, lorsque mes cousins me firent part de la situation, je me déclarai prêt à venir à Baltimore sur-le-champ pour les aider. Le Gang des Goldman avait un sens de l'honneur à toute épreuve : nous n'avions qu'une parole et nous comptions bien la tenir.
Mais lorsque je demandai à ma mère la permission de rater l'école pour aller à Baltimore aider mes cousins à déblayer la neige devant les garages d'Oak Park, elle ne me l'octroya évidemment pas. Et comme mes cousins manquaient de bras, ce fut Scott qui eut l'honneur de compléter l'équipe des jardiniers Goldman.
Il pelletait avec ferveur, ce qui l'obligeait à s'interrompre régulièrement pour reprendre sa respiration. Ses parents, Patrick et Gillian Neville, s'inquiétèrent de le voir constamment dehors. Ils vinrent trouver Woody et Hillel chez les Baltimore pour leur expliquer qu'il fallait faire très attention à la santé de Scott.
Woody et Hillel promirent de veiller sur lui. Lorsque les beaux jours revinrent et qu'il fut question de préparer les jardins pour le printemps, Gillian Neville fut très réticente à ce que son fils poursuive son travail avec le Gang. Patrick, au contraire, trouvait que son fils s'épanouissait au contact des deux garçons. Il emmena Woody et Hillel boire un milk-shake au
— La maman de Scott est un peu inquiète de le voir jardiner. C'est fatigant pour lui, et il est exposé à la saleté et à la poussière. Mais Scott aime être avec vous. Ça lui fait beaucoup de bien au moral et c'est important aussi.
— Vous inquiétez pas, M'sieur Neville, le rassura Hillel. On fera très gaffe à Scott.
— Il doit beaucoup boire, prendre des pauses pour respirer régulièrement, et bien se laver les mains après avoir manipulé les outils.
— On fera tout ça, M'sieur Neville. Promis.
Cette année-là, je me rendis à Baltimore pour les vacances de printemps. Je compris pourquoi mes cousins aimaient tant la compagnie de Scott : c'était un garçon très attachant. Nous nous rendîmes tous chez lui un après-midi où son père nous demanda de l'aide pour ses plantes. C'était la première fois que je rencontrais les Neville. Patrick avait l'âge d'Oncle Saul et Tante Anita. C'était un bel homme, athlétique et très affable. Sa femme, Gillian, n'était pas vraiment belle mais elle dégageait quelque chose de très attirant. Scott avait une sœur, que mes cousins n'avaient encore jamais vue. Je crois que c'était la première fois qu'ils se rendaient au domicile des Neville.