— Mais tu sais bien que c'est impossible. Tu ne te rappelles pas la scène au café CindereDa ? Je te revois très bien t'echiner à soulever la bouteille de Coca-Cola.
Sophie resta silencieuse et écouta le major parler du big rang. Quelque chose dans cette expression lui donna une idee.
Elle se mit à fouiller la voiture.
— Qu'y a-t-il ? demanda Alberto.
— Rien.
Elle ouvrit la boîte à gants où elle trouva une clé anglaise, sortit de la voiture et vint se planter devant Hilde et son père. Elle essaya de capter le regard de Hilde, mais c'était impos sible. Alors elle leva la clé anglaise bien haut au-dessus de sa tête et assena un grand coup sur le front de Hilde.
— Aïe ! cria Hilde.
Sophie s'empressa de faire la même chose avec le major mais il n'eut aucune réaction.
— Qu'y a-t-il? demanda-t-il.
— Je crois que j ' ai été piquée par un taon.
— Qui sait si ce n'était pas Socrate qui essayait de te sortir de ta torpeur?
Sophie se coucha dans l'herbe et essaya de donner des coups de pied dans la balancelle. Mais elle ne bougea pas d'un pouce. Ou avait-elle tout de même bougé d'un millimètre?
— Je commence à avoir des frissons dans le dos, dit Hilde.
— Voyons, il fait si doux ce soir...
— Ce n'est pas ça. Je sens comme une
— Nous ne sommes que tous les deux dans cette douce nuit d'été.
— Non, il y a quelque chose dans l'air.
— Que veux-tu que ce soit?
— Tu te souviens du plan secret d'Alberto?
— Comment pourrais-je l'oublier?
—
— Mais...
—
— Il fallait bien arrêter l'histoire à un moment Oh ! tu sais, ce ne sont que des mots.
— Ces mots-là, oui, mais pas ce qui s'est passé ensuite. Et s'ils étaient ici maintenant?...
— Tu crois ça?
—Je le sens, Papa.
Sophie retourna vers la voiture en courant.
— Impressionnant, dut avouer Alberto quand elle remonta dans la voiture avec la clé anglaise. Cette fille doit avoir des dons particuliers.
Le major passa son bras autour de Hilde.
— Tu entends comme les vagues font un drôle de bruit ce soir?
— Oui.
— Demain, il faudra mettre la barque à l'eau.
— Mais tu entends comme le vent semble murmu rer quelque chose? Regarde comme les feuilles du hêtre tremblent...
— C'est ça, une planète vivante !
— Tu as écrit quelque chose à propos de ce qui se trame « entre les lignes »...
— Ah bon?
— Il y a peut-être quelque chose entre les lignes dans ce jardin aussi.
— La nature est en tout cas pleine d'énigmes. Nous étions en train de parler des étoiles dans le ciel.
— Bientôt il y aura des étoiles dans l'eau aussi.
— C'est ce que tu appelais la lumière des étoiles, quand tu étais petite. Tu n'avais pas tort, en un sens. Car tous les orga nismes sur la Terre viennent de matières premières qui ont autrefois servi à former une étoile.
— Nous aussi ?
— Oui, nous aussi sommes poussière d'étoiles.
— C'est poétique.
— Quand les radiotélescopes captent la lumière qui pro vient de galaxies situées à des milliards d'années-lumière, ils établissent la carte du monde tel qu'il a été à l'origine, juste après le big bang. Tout ce qu'un homme peut observer dans le ciel, ce sont des fossiles cosmiques qui remontent à des mil liers et à des millions d'années. La seule chose que puisse faire un astrophysicien, c'est de lire dans le passé.
— Parce que les étoiles d'une constellation se sont éloignées les unes des autres avant que leur lumière ne nous parvienne?
— Il suffit de remonter à quelques millénaires pour consta ter que les étoiles étaient notées à un autre emplacement qu'aujourd'hui.
— Je ne savais pas.