— Notre plus proche étoile dans la Voie lactée est située à quatre années-lumière. Qui sait si ce n'est pas cette étoile que nous apercevons au-dessus de cette île là-bas ? Imagine un astronome nous observant d'un puissant télescope de là-bas : il verrait Bjerkely comme c'était il y a quatre ans. Il verrait peut-être une petite fille de onze ans se balancer dans le jardin en battant des jambes.
— C' est stupéfiant !
— Et encore, je ne te parle que de la plus proche étoile. Toutes les galaxies, ou ce « brouillard d'étoiles » comme nous l'appe lons, s'étendent sur quatre-vingt-dix mille années-lumière. C'est le temps que mettra la lumière pour aller d'un bout à l'autre de notre galaxie. Quand nous regardons une étoile située dans la Voie lactée à plus de cinquante mille années-lumière du Soleil, nous regardons cinquante mille années en arrière.
— J'ai mal à la tête rien que d'y penser.
— Quand nous observons l'univers, nous regardons en fait le passé. Nous ne pouvons pas faire autrement. Nous n'avons aucun moyen de connaître l'univers comme il
— C'est difficile à concevoir.
— Tout ce que nous voyons, nous le percevons parce que des ondes lumineuses parviennent à nos yeux. Et ces ondes lumineuses mettent du temps à parcourir l'espace. On peut faire une comparaison avec le tonnerre. On entend toujours le grondement du tonnerre après avoir vu l'éclair. Car, quand j'entends le tonnerre, j'entends le bruit de quelque chose qui s'est déjà passé il y a un moment. C'est la même chose avec les étoiles. Quand j'aperçois une étoile située à des milliers d'années-lumière de nous, c'est comme si je voyais le « ton-; nerre » d'un événement qui s'est produit des milliers d'années plus tôt.
— Je comprends.
— Mais nous n'avons jusqu'ici parlé que de notre propre galaxie. Les astronomes estiment qu'il existe une centaine de milliards de ces galaxies au sein de l'univers, et chacune de ces galaxies est composée d'une centaine de milliards d'étoiles. La galaxie la plus proche de la Voie lactée est ce qu'on appelle la
— C'est terrible.
— Les plus lointaines étoiles que nous connaissons aujourd'hui se trouvent à environ dix milliards d'années- lumière de nous. Quand nous captons des signaux de ces galaxies, nous regardons par conséquent dix milliards d'années en arrière dans l'histoire de l'univers. Ce qui corres pond à presque deux fois le temps d'existence du système solaire.
— Ça me donne le vertige.
— Il est bien sûr difficile de se représenter de telles unités de temps et d'imaginer qu'on remonte si loin dans le passé. Mais les astronomes ont trouvé quelque chose qui a encore une plus grande importance pour notre conception du monde.
— Qu'est-ce que c'est?
— Il s'avère qu'aucune galaxie dans l'univers n'est immo bile. Toutes les galaxies dans l'univers se déplacent à toute vitesse les unes par rapport aux autres. Plus elles sont éloi gnées de nous, plus elles paraissent se mouvoir rapidement. En d'autres termes, la distance entre les étoiles devient de plus en plus grande.
— J'essaie de me représenter tout ça.
— Si tu dessines des ronds noirs sur un ballon et que tu le gonfles, tu verras ces ronds noirs progressivement s'éloigner les uns des autres. C'est la même chose avec les galaxies de l'univers. Nous disons que l'univers est en expansion.
— A quoi c'est dû?
— La plupart des astronomes s'accordent à reconnaître une seule explication à l'expansion de l'univers : il y a environ quinze milliards d'années, toute la matière de l'univers se trouvait ramassée dans un tout petit espace. La matière avait alors une densité inimaginable et la pesanteur ainsi que la chaleur atteignaient des sommets inimaginables. D'un seul coup, tout explosa. Cette explosion, on l'appelle l'explosion originelle, en anglais
— Y penser me donne la chair de poule.
— Toute la matière se trouva projetée dans l'univers dans toutes les directions et, en se refroidissant, cette matière donna les étoiles, les galaxies, les lunes et les planètes...
— Mais tu as dit que l'univers continuait à s'étendre.