— Mais toi aussi, tu as une famille. N'as-tu pas aussi un chat un couple d'oiseaux et une tortue?
— Nous avons quitté cette réalité-là.
— Pas du tout Le major l'a quittée, c'est différent II y a mis un point final, mon enfant. Et qu'il ne s'imagine pas pouvoir nous retrouver !
— Tu veux dire qu'on pourra y revenir?
— Autant qu'on veut. Mais nous allons d'abord nous faire de nouveaux amis dans la forêt, derrière la cafétéria Cinderella à Fiane.
La famille MOller Knag s'était mise à table. Un court instant, Sophie craignit que le repas ne tourne mal comme lors de sa fête philosophique, allée des Trèfles. Le major semblait en effet décidé à renverser Marit sur la table. Mais il la fit vite se ras seoir sur ses genoux.
La voiture était un peu à l'écart de la famille, toute à son dîner. Des bribes de phrases leur parvenaient. Sophie et Alberto restèrent à contempler lejardin. Ils eurent le temps de revivre tous les événements de la pitoyable fête au jardin.
H fallut attendre minuit pour que la famille Knag quitte la table. Hilde et le major se dirigèrent vers la balanœlle, en fai sant un signe de la main à la mère de Hilde qui s'éloignait vers la maison.
— Allez, va te coucher, Maman ! Il nous reste encore telle ment de choses à discuter.
Le big bang
Hilde s'installa confortablement dans la balancelle à côté de son père. Il était presque minuit. Ils laissèrent longtemps leur regard flotter sur la mer tandis que dans le ciel brillait la faible clarté des étoiles. Ils entendaient le doux clapotis des vagues contre les rochers monter jusqu'à eux.
Ce fut son père qui brisa le silence :
— Ça fait drôle de penser que nous vivons sur une petite planète perdue dans l'univers.
— Oui...
— La Terre n'est qu'une des nombreuses planètes qui tour nent autour du Soleil. Et pourtant seule notre planète est vivante.
— Elle est la seule dans tout l'univers?
— Oui, il y a de fortes chances. Mais il se peut que l'uni vers bouillonne de vie, car l'univers est immensément grand. Les distances sont telles que nous les mesurons en « minutes- lumière » et en « années-lumière ».
— Ça veut dire quoi exactement ?
— Une minute-lumière est la distance que parcourt la lumière en une minute. Et c'est beaucoup quand on sait que la lumière parcourt trois cent mille kilomètres en une seule seconde. Ce qui fait qu'en une minute la lumière parcourt soixante fois trois cent mille kilomètres, c'est-à-dire dix-huit millions de kilomètres. Quant à l'année-lumière, cela fait presque dix billions de kilomètres.
— Quelle distance y a-t-il jusqu'au Soleil?
— Un peu plus de huit minutes-lumière. Les rayons qui réchauffent notre joue par une belle journée de juin ont par
conséquent voyagé dans l'univers pendant huit minutes avant de nous atteindre.
— Continue !
— Pluton, la planète la plus éloignée dans notre système solaire, se trouve à plus de cinq heures-lumière de nous. Quand un astronome aperçoit Pluton dans son télescope, il observe en réalité quelque chose tel qu'il était cinq heures auparavant. En d'autres termes, l'image de Pluton met cinq heures à arriver jusqu'à nous.
— C'est un peu difficile à s'imaginer, mais je comprends dans les grandes lignes.
— Tant mieux, Hilde. Mais nous avons tout juste com mencé à nous orienter, tu sais. Notre propre Soleil est une des quatre cents milliards d'étoiles dans cette galaxie que nous avons appelée la Voie lactée. Cette galaxie ressemble à un grand disque constitué de plusieurs bras en forme de spirale et notre Soleil est sur un de ces bras. Si nous observons le ciel par une claire nuit d'hiver, nous voyons une large ceinture d'étoiles, parce que nous traversons tous ces anneaux du regard, vers le centre de la Voie lactée.
— Ce qui explique à présent pourquoi la Voie lactée se dit « le Chemin d'hiver » en suédois.