C'est alors que Sophie reconnut son professeur de philoso phie. Il avait toujours le béret bleu sur la tête, mais portait aussi comme tous les autres une toge jaune. Il se dirigea vers Sophie en fixant la caméra :

Eh bien, voilà. Nous nous trouvons dans l'Athènes de l'Antiquité, Sophie. J'avais envie que tu viennes ici en per sonne, tu comprends? Nous sommes en 402 avant Jésus- Christ, c'est-à-dire trois ans seulement avant la mort de Socrate. J'espère que tu apprécies cette visite rarissime, cela n'a pas été une mince affaire pour dénicher une caméra vidéo...

Sophie se sentit prise d'un vertige. Comment cet homme mystérieux avait-il fait pour se retrouver dans cette Athènes d'il y a deux mille quatre cents ans? Comment pouvait-elle voir un enregistrement vidéo d'une époque aussi lointaine? Sophie savait évidemment que la vidéo n'existait pas dans

l'Antiquité. Est-ce que c'était un film? Mais tous les monu ments en marbre semblaient si réels ! Si on avait dû recons truire toute l'agora et l'Acropole juste pour les besoins d'un film, les décors auraient été ruineux ! Et tout ça uniquement pour lui parler d'Athènes?

L'homme au béret la regarda à nouveau.

Tu vois les deux hommes en train de discuter là-bas sous les colonnes ?

Sophie découvrit un homme d'un certain âge dans une toge en piteux état. Il portait une longue barbe en broussaille, avait le nez plat, des yeux bleus saillants et le menton en galoche. A côté de lui se tenait un beau jeune homme.

C'est Socrate et son jeune élève Platon. Tu comprends maintenant, Sophie ? Mais attends, je vais te les présenter.

Sur ces mots, le professeur de philosophie se dirigea vers les deux hommes qui se tenaient sous un haut chapiteau. En arrivant près d'eux, il souleva son béret et prononça des paroles que Sophie ne comprit pas. Ce devait être du grec. Après un moment, il se retourna vers la caméra en disant :

Je leur ai raconté que tu étais une jeune fille désireuse de faire leur connaissance. Platon aimerait maintenant te poser quelques questions auxquelles tu pourras réflé chir. Mais nous devons le faire avant que les gardes ne nous repèrent.

Sophie avait les tempes qui battaient, car le jeune homme fit quelques pas en avant et regarda la caméra.

Bienvenue à Athènes, Sophie, dit-il d'une voix douce.

Il parlait en marquant une pause entre chaque mot.

Je m'appelle Platon et je vais te donner quatre devoirs : tout d'abord tu vas t'interroger pour comprendre comment un pâtissier peut faire cinquante gâteaux exactement sem blables. Puis tu te demanderas pourquoi tous les chevaux se ressemblent. Ensuite tu chercheras à savoir si l'homme a une âme immortelle et enfin si les hommes et les femmes sont aussi raisonnables les uns que les autres. Bonne chance!

Une seconde plus tard, l'écran était noir. Sophie fit avancer la bande, mais il n'y avait plus rien.

Sophie essaya de rassembler ses idées. Mais à peine parve- nait-elle à se concentrer sur une pensée qu'elle partait sur une autre idée, avant même d'en avoir fini avec la première.

Que le professeur de philosophie fût un original, ça faisait longtemps qu'elle s'en était rendu compte. Mais de là à utili ser des méthodes d'enseignement qui défiaient toutes les lois naturelles, Sophie trouva qu'il allait vraiment trop loin.

Etait-ce réellement Socrate et Platon qu'elle avait vus sur l'écran de télévision? Bien sûr que non, c'était tout à fait impossible. Pourtant ce n'était pas un dessin animé non plus.

Sophie retira la cassette du magnétoscope et monta dans sa chambre. Elle la rangea à côté des pièces de Lego sur la plus haute étagère de l'armoire. Puis elle se laissa tomber sur le lit, complètement épuisée, et ne tarda pas à s'endormir.

Quelques heures plus tard, sa mère entra dans sa chambre. Elle secoua un peu Sophie :

Mais qu'est-ce qui ne va pas, Sophie?

Bof...

Tu t'es couchée avec ta robe ?

Sophie ouvrit à peine un œil.

Je suis allée à Athènes, répondit-elle.

Elle ne put en dire davantage, tourna le dos à sa mère et se rendormit.

Platon

... une nostalgie de retrouver la vraie demeure

de l'âme...

Sophie se réveilla en sursaut le lendemain matin. Elle regarda l'heure. Il était à peine cinq heures, mais n'ayant plus du tout sommeil, elle s'assit dans le lit.

Pourquoi avait-elle gardé sa robe? Puis tout lui revint en mémoire. Elle grimpa sur un escabeau et regarda l'étagère en haut de son armoire. La cassette vidéo était bien là où elle l'avait rangée. Elle n'avait donc pas rêvé. En tout cas pas entièrement.

Mais elle n'avait quand même pas vu Platon et Socrate? Oh ! ça commençait à bien faire ! Sa mère avait peut-être rai son quand elle trouvait qu'elle vivait en ce moment à côté de ses pompes.

Перейти на страницу:

Похожие книги