Impossible de se rendormir. Et si elle allait à sa cabane voir si le chien n'y avait pas déposé une nouvelle lettre?
Sophie descendit l'escalier sur la pointe des pieds, enfila ses tennis et sortit.
Dans lejardin, tout était merveilleusement calme et silen cieux. Seuls les oiseaux chantaient à tue-tête et elle ne put s'empêcher de sourire. La rosée du matin scintillait dans l'herbe comme de petites gouttes de cristal.
Elle fut à nouveau frappée de constater à quel point le monde était un miracle incroyable.
Il faisait aussi un peu humide au fond de la vieille haie. Sophie ne vit aucune nouvelle lettre du philosophe, mais elle essuya une grosse racine et s'assit dessus.
Il lui revint à l'esprit que, sur la vidéo, Platon lui avait donné des devoirs à faire. D'abord,
Sophie dut s'appliquer, car elle trouva que ce n'était pas aussi facile que ça en avait l'air. Les rares fois où sa mère se risquait à cuire une plaque de petits gâteaux, il n'y en avait jamais deux pareils. Et comme elle était loin d'être une experte en pâtisserie, cela prenait même parfois une tournure assez dramatique. Mais les gâteaux qu'on achetait au magasin eux non plus n'étaient jamais identiques, puisque le pâtissier les confectionnait un par un.
Sophie laissa échapper un sourire de satisfaction. Elle se souvenait d'un jour où son père l'avait emmenée en ville pen dant que sa mère préparait les gâteaux de Noël. En rentrant, elle avait retrouvé une foule de petits bonshommes en pain d epices éparpillés sur le plan de travail. Sans être parfaits, ils se ressemblaient tous plus ou moins. Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que sa mère avait utilisé le même moule pour tous les gâteaux.
Sophie fut si contente de son raisonnement avec les petits bonshommes de pain d epices qu'elle décréta qu'elle avait terminé son premier devoir. Quand un pâtissier confectionne cinquante gâteaux identiques, c'est parce qu'il utilise le même moule pour tous les gâteaux, un point c'est tout !
Ensuite le Platon de la vidéo avait regardé la caméra cachée et demandé
Elle était sur le point de laisser tomber cette question quand elle se souvint de la démarche qu'elle avait suivie avec les petits bonshommes en pain d epices. Aucun d'eux n'était par faitement identique à un autre, car il y en avait toujours de plus gros que d'autres et certains étaient abîmés, et pourtant tout le monde s'accordait à reconnaître qu'ils étaient « tout à fait identiques ».
Peut-être que Platon voulait demander pourquoi un cheval reste toujours un cheval et non un être hybride à mi-chemin entre par exemple le cochon et le cheval. Car si certains chevaux sont bruns comme des ours et d'autres blancs comme des moutons, ils ont tous quelque chose en commun. Sophie aurait bien aimé voir de quoi aurait eu l'air un cheval à six ou huit pattes !
Mais Platon ne voulait certainement pas dire que c'était parce que tous les chevaux étaient formés selon le même moule ?
Puis il avait posé une question importante et terriblement difficile :
Ce terme de « jeune fille » amena Sophie à la dernière question :
Elle se souvint tout à coup de ce que le professeur de phi losophie avait dit de Socrate. Ce dernier prétendait que tous les hommes étaient capables de découvrir des vérités philoso phiques à condition d'utiliser leur raison. Un esclave dispo sait selon lui de la même faculté de raisonner pour résoudre des problèmes philosophiques qu'un homme libre. Sophie, quant à elle, était persuadée que les hommes et les femmes étaient également doués de raison.