Sophie continua à inspecter le chalet. Une porte conduisait du salon à une petite cuisine. On venait de faire la vaisselle. Des assiettes et des verres séchaient sur une serviette en lin et quelques assiettes portaient encore des traces de savon. Une gamelle contenant des restes de nourriture était posée à terre. Un animal vivait donc ici aussi, un chien ou un chat.

Sophie retourna au salon. Une autre porte menait à une petite chambre à coucher. Devant le lit s'entassaient des cou vertures. Sophie remarqua quelques poils roux qui traînaient sur les couvertures. C'était la preuve qu'elle attendait, elle en mettait sa main au feu, c'était bien Alberto Knox et Hermès qui habitaient dans ce chalet.

De retour au salon, Sophie se plaça devant le miroir accro ché au-dessus de la commode. Le verre était mat et un peu bombé, aussi l'image était-elle un peu floue. Sophie com mença par faire des grimaces, comme elle le faisait de temps en temps à la maison dans la salle de bains. Le miroir lui ren voyait exactement ce qu'elle faisait, ce qui était somme toute normal.

Mais tout à coup, il se produisit un phénomène étrange : une seule fois, l'espace d'une seconde peut-être, Sophie vit clairement que la fille dans le miroir cligna des deux yeux. Sophie recula effrayée. Si elle avait réellement cligné des deux yeux, comment aurait-elle pu voir l'autre cligner elle aussi? Ce n était pas tout : c'était comme si l'autre fille avait fait un clin d'œil à Sophie. Comme pour dire : je te vois, Sophie ! Je suis là, de l'autre côté.

Le cœur de Sophie battait à tout rompre. Au même instant elle entendit l'aboiement d'un chien au loin. C'était sûrement Hermès ! Il s'agissait de déguerpir et vite î

Ses yeux tombèrent sur un portefeuille vert posé sur la commode sous le miroir en laiton. Sophie le prit et l'ouvrit prudemment. Il y avait à l'intérieur un billet de cent cou ronnes, un autre de cinquante couronnes... et un certificat de scolarité. Sur ce certificat, on pouvait voir la photo d'une jeune fille aux cheveux blonds. La légende de la photo disait : Hilde MOller Knag et Collège de Lillesand.

Sophie eut froid dans le dos. Le chien au loin se remit à aboyer. Il fallait partir de là au plus vite.

En passant près de la table, elle aperçut parmi tous les livres et les papiers une enveloppe blanche sur laquelle était écrit SOPHIE.

Sans prendre le temps de réfléchir, elle la saisit et la fourra dans la grande enveloppe jaune avec tous les feuillets sur Platon et se précipita hors du chalet en refermant la porte derrière elle.

Les aboiements du chien indiquaient qu'ils seraient là d'une minute à l'autre. Mais le pire, c'était que la barque avait disparu. Il lui fallut une seconde, disons deux, pour se rendre compte qu'elle dérivait au milieu du lac, une des rames flottant à côté du bateau.

Tout ça parce qu'elle n'avait pas réussi à bien tirer la barque sur la terre ferme. Elle entendit encore le chien aboyer et aperçut déjà quelque chose qui bougeait entre les arbres de l'autre côté du lac.

Sophie avait la tête vide. Tenant la grande enveloppe à la main, elle bondit dans les buissons derrière le chalet et finit par tomber sur un marécage où elle s'enfonça à plusieurs reprises si profondément qu'elle eut de l'eau jusqu'à mi- jambe. Mais elle n'avait pas le choix. Il fallait bien qu'elle coure si elle voulait rentrer à la maison.

Elle finit par croiser un sentier. Était-ce celui par lequel elle était venue? Sophie s'arrêta, tordit sa robe et l'eau se mit à couler en petites rigoles le long du sentier. Alors seulement elle se mit à pleurer.

Comment avait-elle pu être aussi bête? Et l'histoire du bateau, alors? Elle ne pouvait s'empêcher de revoir la barque à la dérive avec une des rames qui flottait sur l'eau du lac. Toute cette aventure était si lamentable, si minable...

A l'heure qu'il était, le philosophe devait être arrivé au bord de l'eau. Il avait besoin de la barque pour rentrer chez lui. Sophie eut l'impression de lui avoir joué un sale tour. Alors que ce n'avait pas du tout été son intention.

Et l'enveloppe ! C'était peut-être encore pire. Pourquoi l'avait-elle prise? Certes, il y avait son nom dessus et elle s'était dit que c'était un peu la sienne. Malgré ça, elle se sen tait une voleuse. En plus elle avait par cet acte clairement signalé sa présence.

Sophie sortit une petite feuille de l'enveloppe où était écrit :

Qu 'est-ce qui vient d'abord ? La poule ou l'idée de la poule ?

L'homme a-t-il des idées innées ?

Quelle est la différence entre une plante, un animal et un être humain ?

Pourquoi pleut-il ?

Que faut-il à l'hommepour qu 'il mène une vie heureuse ?

Sophie ne pouvait pas réfléchir à ces questions immédiate ment, mais elle supposa qu'elles avaient à voir avec le pro chain philosophe. N'était-ce pas celui qui s'appelait Aristote?

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