— Une histoire d’assurances. À l’époque, la compagnie a continué à verser les remboursements à l’ancienne adresse de la famille. Les gendarmes ont fait suivre. La mutuelle a conservé les ordonnances, dont les consultations chez le psy.

— T’es en train de me dire que tu as le nom du psychiatre ?

— Le nom, l’adresse, ouais.

— Et c’est maintenant que tu m’annonces ça ?

— Je l’ai appelé hier. Il n’a jamais eu la nouvelle adresse et…

— File-moi ses coordonnées.

J’avais déjà sorti mon carnet. Foucault hésita :

— C’est-à-dire…

— Quoi ?

— C’est que je les ai pas là, moi… Je suis au parc.

— Je te donne dix minutes pour filer au bureau. Exécution.

Foucault allait raccrocher quand je demandai :

— Attends. Et l’autre recherche ? Celle des meurtres de même type ?

— Rien.

— Même à l’échelle nationale ?

— Personne n’a réagi à mon réscom. Le SALVAC n’a pas le début d’un meurtre ressemblant au tien. C’est la première fois qu’il tue, Mat.

— Il ne te reste plus que neuf minutes.

Je raccrochai et appelai Svendsen. Le légiste décrocha. D’un coup, je me sentis en veine.

— Mes gars sont sur le coup mais il n’y a rien de nouveau.

— Je t’appelle pour autre chose.

Le médecin soupira, simulant un épuisement sans limite :

— Je t’écoute.

— Foucault ne trouve pas d’autre meurtre dans le style du nôtre.

— Et alors ? C’est peut-être son premier coup.

— Je suis sûr du contraire. Il faut entrer d’autres critères dans notre recherche.

— Qu’est-ce que je viens faire là-dedans ?

— Foucault est parti du meurtre. Il faut peut-être partir du corps.

— Comprends pas.

— Tu l’as dit toi-même : la signature du tueur porte sur le processus de décomposition. Il joue avec la chronologie de la mort.

— Je t’écoute toujours.

— Un légiste distrait aurait pu ne pas remarquer ces décalages sur un cadavre rongé aux vers…

— Distrait et bourré.

— Non. Sérieusement, je voudrais lancer une recherche portant sur tous les corps découverts en état de décomposition avancée, à l’échelle nationale.

— Quelle période ?

— 1989–2002.

— Tu sais combien ça fait de macchabs ?

— C’est possible ou non ? À travers les instituts médico-légaux ?

— Je vais déjà regarder à la Râpée. Et appeler les collègues dont j’ai les numéros personnels. En attendant lundi. Dans tous les cas, ça prendra du temps.

— Merci.

Je raccrochai et me laissai couler le long du mur, subjugué par les sapins noirs au-dessus de moi. Entre deux coulées de soleil, leur ombre m’enveloppait de froid. Je relevai le col de mon manteau, attendant l’appel de Foucault.

Les hypothèses tournoyaient dans ma tête sans qu’aucune ne pénètre réellement dans mon champ de conscience. Caché à l’arrière de l’immeuble, je me sentais simplement en sécurité.

Au moins, Sarrazin ne viendrait pas me cueillir ici…

<p>45</p>

La sonnerie du téléphone m’électrisa. Je me réveillai en sursaut.

— Foucault. T’as de quoi noter ?

Je regardai ma montre. 14 h 10. Il avait mis moins de vingt minutes pour rejoindre le 36. Pas mal.

— Tu notes ou quoi ?

— Vas-y.

— Le mec s’appelle Ali Azoun. Aujourd’hui, il est installé à Lyon. Je te préviens : c’est pas un rigolo.

Je griffonnai les coordonnées personnelles du psychiatre et remerciai Foucault, qui marmonna en retour :

— Je reste au bureau. Foutu pour foutu, je vais passer l’après-midi dans nos archives, en quête d’un truc qui ressemble, même de loin, à ton meurtre. On ne sait jamais. Je te rappelle.

Sa réaction me fit chaud au cœur. Le ciment de l’enquête nous tenait à nouveau. Je me relevai avec difficulté et rentrai à l’abri dans l’immeuble. Je composai le numéro du psychiatre. Après m’être présenté, j’attaquai franco :

— C’est au sujet de Thomas Longhini.

— Encore ? On m’a déjà appelé hier pour cette histoire.

— C’était mon adjoint. J’ai besoin de précisions.

Il y eut un silence tendu, puis :

— Je ne répondrai à aucune question par téléphone. Surtout sans avoir vu un document officiel. Votre collègue m’a déjà paru très hésitant. Par ailleurs, les gendarmes possèdent un dossier complet sur le sujet. Vous n’avez qu’à…

— Nous avons des éléments nouveaux.

— Quels éléments ?

— Thomas Longhini pourrait être lié aux deux meurtres — celui de Manon, celui de sa mère, Sylvie Simonis.

— Ridicule. Thomas ne peut être impliqué dans un assassinat.

Azoun n’était pas étonné par l’annonce du meurtre de Sylvie. Les gendarmes avaient déjà dû l’affranchir. J’enchaînai :

— Votre opinion sur sa culpabilité : c’est précisément l’objet de mon appel.

Le spécialiste marqua un nouvel intervalle puis proposa, d’un ton plus conciliant :

— Pourquoi ne pas attendre lundi ? Vous m’envoyez un fax et…

— Je n’appelle pas pour vous livrer des chocolats. Il s’agit d’une enquête criminelle. Urgente.

Le silence perdit de son intensité.

— Quel est le nouveau nom de Thomas Longhini ? repris-je.

— Les gendarmes le connaissent. Ils ne vous l’ont pas dit ? Je ne l’ai jamais su.

— Pourquoi l’idée de sa culpabilité vous paraît-elle ridicule ?

— Thomas n’est pas un assassin. C’est tout.

— Il a été suspecté du meurtre de Manon.

Перейти на страницу:

Похожие книги