Saûl a ressenti alors au fond de lui la révolte de l'« homme vieux ». Il s'est imaginé invoquer sa propre dignité et rendre ce cadeau humiliant. En procédant de la sorte, il apprendrait à son père qu'il était son fils et non un mendiant. Il lui donnerait une leçon, lui montrerait sa propre valeur, mais il se dit aussi que les rudes épreuves peut-être se faisaient avec le consentement de Jésus, pour que son cœur encore volontaire apprenne la véritable humilité. Il sentit qu'il avait vaincu de nombreux obstacles ; qu'il s'était montré supérieur à Damas et à Jérusalem ; qu'il avait dominé les hostilités du désert ; qu'il avait supporté l'ingratitude des climats et de pénibles fatigues ; mais que le Maître maintenant lui suggérait de lutter contre lui-même pour que l'« homme du monde » cesse d'exister, désirant la naissance du disciple plus énergique, plus aimant et plus tendre. Ce serait, peut-être, la plus grande de toutes les batailles. Il l'a ainsi brusquement compris et cherchant à se vaincre lui même, il a pris la bourse avec un sourire résigné, l'a gardée humblement entre les plis de sa tunique, a salué le serviteur avec des expressions de remerciement et a dit en s'efforçant de manifester de la joie :

- Synésius, avise mon père de la satisfaction qu'il m'a procurée avec son affectueuse offre et dis lui que je prie Dieu de l'aider.

Suivant le cours incertain de sa nouvelle situation, il reconnut dans l'attitude paternelle le réflexe de» anciennes traditions du judaïsme. En tant que père, Isaac ne voulait pas paraître ingrat et inflexible, cherchant A le soutenir ; mais comme pharisien jamais il ne supporterai! la rénovation de ses idées.

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