Le vieillard tremblait. On voyait l'effort spirituel qu'il avait du faire pour prendre cette décision. Eduqué dans les concepts intransigeants de la Loi de Moïse, Isaac souffrait en tant que père ; et pourtant, il expulsait son fils dépositaire de tant d'espoirs, comme s'il accomplissait un devoir. Son être aimant lui suggérait la pitié, mais la raison de l'homme, incarcéré dans les dogmes implacables de sa race, étouffait son impulsion naturelle.

Silencieux, Saûl l'a dévisagé dans une attitude suppliante. Son foyer était le dernier espoir qui lui restait. Il ne voulait pas croire à cette dernière perte. Il a fixé l'ancien avec des yeux presque larmoyants et, après de longues minutes d'attente, il l'a imploré d'un geste émouvant qui ne lui était pas habituel :

Je manque de tout, mon père. Je suis fatigué et malade ! Je n'ai pas argent, j'ai besoin de la pitié de mon prochain.

Et soulignant sa douloureuse plainte :

Vous aussi vous m'expulsez ?...

Isaac sentit que cette supplique vibrait au plus profond de son cœur. Mais, jugeant peut-être que l'énergie était plus efficace que la tendresse, dans le cas présent, il a répondu sèchement :

Corrige tes impressions, parce que personne ne t'a expulsé. C'est toi qui as voué tes amis et tes affections les plus pures au suprême abandon !... Tu as des besoins ? Il est juste que tu demandes au charpentier les mesures appropriées... C'est lui qui a généré de telles absurdités, il aura suffisamment de pouvoir pour te secourir.

Une immense douleur suffoquait l'esprit de l'ex-rabbin. Les allusions au Christ lui faisaient plus mal que les reproches directs qu'il avait reçus. Sans réussir à réprimer sa propre angoisse, il sentit que des larmes ardentes roulaient sur ses joues brûlées par le soleil du désert. Il n'avait jamais éprouvé des sanglots aussi amers. Pas même dans sa cécité angoissante après sa vision de Jésus, il pleurait si douloureusement. Bien qu'oublié dans une pension sans nom, aveugle et prostré, il sentait la protection du Maître qui le convoquait à son divin service. Il avait l'impression d'être plus près du Christ. Il se réjouissait des douleurs les plus acerbes, du fait d'avoir reçu aux portes de Damas son appel glorieux et direct. Mais depuis, il cherchait en vain de l'aide auprès des hommes pour initier sa tâche sacrée. Ses meilleurs amis lui recommandaient de garder ses distances. Et finalement, son père était là, vieux et riche, à lui refuser sa main au moment le plus pénible de sa vie. Il l'expulsait. Il ressentait de l'aversion pour ses idées régénératrices. Il ne tolérait pas sa condition d'ami du Christ. Dans les larmes qui bouillonnaient de ses yeux, il s'est alors rappelé d'Ananie. Quand tous l'abandonnaient à Damas, est apparu le messager du Maître, lui rendant son allant. Son père lui avait parlé, ironiquement, des pouvoirs du Seigneur. Oui, Jésus ne le laisserait pas sans ressources. Il a lancé à son géniteur un regard inoubliable et lui dit humblement :

Alors, adieu, mon père !... Vous l'avez bien dit, je suis sûr que le Messie ne m'abandonnera pas !...

Le pas indécis, il s'est approché de la porte de sortie. Il a jeté un regard furtif sur l'ancienne décoration de la salle. Le fauteuil de sa mère était dans sa position habituelle. Il s'est rappelé du temps où les yeux maternels lisaient pour lui les premières notions de la Loi. Il crut voir son ombre lui envoyer un sourire aimant. Jamais il n'avait ressenti un vide aussi grand. Il était seul. Il eut peur de lui-même, car il ne s'était jamais retrouvé dans de telles circonstances.

Après cette pénible réflexion, il s'est retiré en silence. Il a regardé, indifférent, le mouvement de la rue, comme quelqu'un qui aurait perdu tout intérêt pour la vie.

Il n'avait fait que quelques pas vers son destin incertain qu'il entendit appeler avec insistance.

Il s'est retourné et remarqua qu'il s'agissait du vieux serviteur de son père qui courait à sa poursuite.

Peu après, le domestique lui donnait une lourde bourse en lui disant sur un ton amical :

Votre père vous envoie cet argent en guise de souvenir.

Перейти на страницу:

Похожие книги