Comment as-tu pu abandonner la brillante situation de rabbin dont nous attendions tant, pour t'afficher en compagnie d'hommes déclassés qui n'ont jamais cultivé la tradition aimante d'un foyer ?

Face aux accusations injustes, le jeune tarsien sanglotait, peut-être pour la première fois dans sa vie.

Quand j'ai su que tu allais épouser une jeune fille sans parents connus - continua le vieil homme implacable -, je fus surpris et j'ai attendu que tu te prononces directement. Plus tard, Dalila et son mari furent obligés de quitter Jérusalem précipitamment, rongés de honte par l'ordre d'emprisonnement que la Synagogue de Damas avait lancé contre toi. À plusieurs reprises, je me suis demandé si ce n'était pas cette créature inférieure, que tu avais élue, la cause de si grands désastres moraux. Voilà plus de trois ans que je me lève quotidiennement pour réfléchir à ta criminelle façon de procéder, au détriment de tes devoirs les plus sacrés !

En entendant ces propos injustes sur la personne d'Abigail, le jeune homme reprit ses esprits et dit avec humilité :

Mon père, cette créature était une sainte ! Dieu ne l'a pas voulue en ce monde ! Peut- être que si elle était encore vivante, mon cerveau serait plus équilibré pour harmoniser ma nouvelle vie.

Son père n'a pas apprécié sa réponse, bien que l'objection ait été faite sur un ton d'obéissance et d'affection.

Nouvelle vie ? - a-t-il commenté irrité - que veux-tu dire par là ?

Saûl a séché ses larmes et a répondu résigné :

Je veux dire que l'épisode de Damas n'a pas été une illusion et que Jésus a transformé

ma vie.

Ne pourrais-tu voir en tout cela une vraie folie ? - a continué son père avec étonnement. - Ce n'est pas croyable ! Comment peux-tu abandonner l'amour de ta famille, les traditions vénérables de ton nom, les espoirs sacrés des tiens, pour suivre un charpentier inconnu ?

Saûl comprit la souffrance morale de son père quand il s'exprimait de la sorte. Il eut envie de se jeter dans ses bras aimants, de lui parler du Christ, l'aider à se faire une réelle opinion de la situation. Mais entrevoyant simultanément la difficulté à se faire comprendre, il l'observait résigné, tandis qu'il continuait les yeux larmoyants, révélant la peine et la colère qui le dominaient.

Comment cela peut-il être ? Si la maudite doctrine du charpentier de Nazareth impose une criminelle indifférence des liens les plus sacrés de la vie, comment nier sa nocivité et sa bâtardise ? Serait-il juste de préférer un aventurier mort parmi des malfaiteurs, à un père digne et travailleur qui a vieilli au service honnête de Dieu ?

Mais, père - disait le jeune homme d'une voix suppliante -, le Christ est le Sauveur promis !...

La furie d'Isaac sembla s'aggraver.

Tu blasphèmes ? - s'est-il écrié. - Comment ne crains-tu pas d'insulter la Providence divine ? Les espoirs d'Israël ne pourraient se reposer sur un front qui s'est évanoui dans le sang de la punition, entre des voleurs !... Tu es fou ! J'exige la reconsidération de tes attitudes.

Alors qu'il faisait une pause, le converti a objecté :

Il est vrai que mon passé est plein d'erreurs quand je n'ai pas hésité à persécuter les expressions de la vérité ; mais depuis trois ans, je ne me rappelle pas d'un acte quel qu'il soit qui ait besoin de reconsidération.

L'ancien a semblé atteindre le summum de la colère et s'exclama durement :

Je sens que les paroles généreuses ne conviennent pas à ta raison perturbée. Je vois que j'ai attendu en vain, pour ne pas mourir en haïssant quelqu'un. Malheureusement, Je suis obligé de reconnaître dans tes décisions actuelles, un fou ou un vulgaire criminel. Donc, pour définir nos attitudes, je te demande de faire un choix définitif, entre mol et le méprisable charpentier !...

À l'énoncé d'une telle intimation, la voix paternelle était étouffée, vacillante, démontrant une profonde souffrance. Saûl a compris et, en vain, il chercha un argument conciliateur. L'incompréhension de son père l'angoissait. Jamais il n'avait tant réfléchi et si Intensément, aux enseignements de Jésus concernant les lien» familiaux. Il se sentait fortement attaché au généreux vieillard, il aurait voulu le soutenir dans sa rigidité intellectuelle, adoucir ses impressions tyranniques, mais il comprenait les barrières qui se dressaient devant ses désirs sincères. Il savait avec quelle sévérité son propre caractère avait été forgé. Préjugeant de l'inutilité de ses appels affectifs, il a murmuré à la fois humble et anxieux :

Mon père, nous deux avons besoin de Jésus !...

Le vieil homme, inflexible, lui a adressé un regard austère et rétorqua avec rudesse :

Ton choix est fait ! Tu n'as plus rien à faire dans cette maison !...

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