Je traînais sur Internet pour avoir des nouvelles, des nouvelles de qui que ce soit, de Bassam, du Cheikh Nouredine, de Judit, du monde, de Libye, de Syrie. Les flammes étaient plus hautes que jamais. Je suis sorti faire un tour ; la nuit était tiède, il y avait foule en ville, Tanger savait, au printemps, être troublante et dangereuse. Tout y était tourné contre moi ; l’odeur de brûlé m’était restée dans les narines et cachait celle de la mer. Les jeunes gens marchaient trois par trois, quatre par quatre avec des airs fébriles, en roulant des épaules ; au détour d’une rue, j’ai vu un type de mon âge à moitié fou se mettre à attaquer violemment un arbre en pot, le balancer par terre en hurlant des insultes, sans raison, avant d’être à son tour pris à coups de poing par le propriétaire d’une boutique, sorti en trombe de son établissement — le sang a giclé sur son tee-shirt blanc, il a porté la main à son visage, l’air ébahi, avant de s’enfuir en criant. Je m’en souviens, l’arbre était un oranger ou un citronnier, il avait de petites fleurs blanches, le patron du magasin l’a redressé dans son pot en le caressant comme s’il s’agissait d’une femme ou d’un enfant, je crois même qu’il lui parlait.
J’étais à deux pas de la librairie française, j’y suis entré ; j’ai regardé un peu les rayonnages, ces livres sérieux étaient intimidants, chers et intimidants, on hésitait à les ouvrir de peur de tacher les couvertures crème, d’endommager la reliure. Il y avait une section de littérature tangéroise, et ils étaient tous là, les auteurs que Judit avait évoqués : Bowles, Burroughs, Choukri bien sûr, mais aussi un Espagnol du nom d’Ángel Vázquez, qui avait écrit un roman appelé