Lorsque Ibn Batouta commence son périple, au moment où il quitte Tanger en direction de l’est, en 1335, je me demande s’il espère revenir un jour au Maroc ou s’il croit son exil définitif. Il passe plusieurs années en Inde et aux Maldives, au service d’une Sultane qui le nomme juge, Cadi, sans doute parce qu’il était docte et qu’il savait l’arabe ; il y épouse même la fille du Vizir. En quittant l’archipel, après un passage dans une ville où les femmes n’ont qu’un seul sein, il rencontre un homme établi en solitaire sur un îlot avec sa famille, et l’envie ; il possède, dit-il,
L’incendie de la Diffusion me préoccupait, je me demandais combien de temps il me restait avant que les flics ne m’arrêtent.
Je me faisais l’effet d’être un fugitif.
Malgré mon nouveau travail, l’argent que j’avais d’avance, j’étais désemparé, inquiet, tout aussi démuni que face à Zahra la veille ; le costume de l’âge m’allait trop grand. Il me manquait une mère, un frère, un père, un Cheikh Nouredine, un Bassam.
L’arrivée de Judit fut un vrai désastre.
Je n’aurais peut-être pas dû aller l’attendre à la gare par surprise ; je n’aurais pas dû la saouler de paroles, je n’aurais pas dû faire comme si nous avions une relation intime, proche, qui n’existait pas — je suis allé trop vite ; j’avais conçu seul et rapidement, à la Bassam, sans me soucier de ce qu’elle avait pu vivre à Marrakech, une histoire qui n’existait pas. Judit me voyait comme ce que j’étais, un jeune inconnu qui la serrait de trop près. Elle avait peur, peut-être ; elle m’a dit c’était horrible, cette ambiance, après l’attentat, cette place si vivante où tout le monde faisait comme si de rien n’était sans y croire, où d’un coup la grande machine à enchanter les touristes s’était arrêtée dans la mort.
Elle m’a dit au fait, tu sais, à Marrakech j’ai aperçu ton ami, Bassam, celui qui était avec nous l’autre soir.
En disant cela elle me regardait dans les yeux. Je n’étais pas sûr qu’elle ait vraiment l’intuition de ce que cela signifiait. C’était inimaginable, de toute façon. Inimaginable de penser qu’elle avait pu croiser, quelques heures après, un de ceux qui avaient fait sauter cette bombe dans ce café. Moi-même, malgré tous les indices que j’en avais, je n’arrivais pas à réaliser. Que cet attentat existe réellement, au-delà des images à la télévision, était inenvisageable. Que Bassam ait pu participer à cela sans presque m’en parler était, au fond, impossible.