Parlons-en, de Mordécaï. Il n'a jamais su quoi faire de son argent, mais il a bien fini par trouver. Depuis qu'on lui a dit que le Bien et le Mal étaient tombés en désuétude, il s'est mis à lire. Surtout la Bible, et Sade. Et comme par hasard, il a été foudroyé par la beauté de
Celui qui croit à l'amour croit forcément à la haine. Ça ne devra étonner personne de voir Mildred et La Créature se haïr aussi fort qu’ils se sont aimés. Mathilde n'aurait laissé à personne le privilège de finir le boulot à sa place. Elle a soigné le travail comme une petite main, à l'ancienne. Le processus de décomposition du couple est si minutieusement rendu que ça m'en a découragé de courir après Charlotte. Il lui a suffi de trois courtes séquences pour éradiquer toute idée de bonheur conjugal. Du grand art. Même Jérôme est incapable d'une telle violence. Mildred est supérieurement intelligente, elle invente des tortures morales d'une rare sophistication. La Créature garde intacte toute sa beauté sauvage, pour un peu il ne se douterait même pas du mal qu'il est en train de lui faire. C'est dans sa nature. Cette passion, on le comprend dès la première scène, ne peut se terminer que par l'élimination physique de l'un ou l'autre. Mais Mathilde nous l'épargne; avant d'en arriver à la délivrance finale, elle préfère parler de l'enfer de chaque instant. Le couple n'est qu'une longue succession d'instants qui exclut tout alentour, il fonctionne sur un principe de vases communicants qui empoisonne chaque geste d'amour et gangrène tout plaisir.
Et Bruno, le petit Bruno? Quel sort lui faire subir? Il a la vie devant lui. Il doit faire ses premiers pas vers l'âge adulte et piloter à vue tout au long de cette étrange odyssée qu'est l'existence. Mais en a-t-il seulement l'étoffe? Comme tous les adolescents, Bruno doute de lui-même depuis le début du feuilleton. Et il a raison, parce qu'il sait déjà, bien au fond de lui-même, que sa vocation est de rejoindre le plus grand nombre. De grossir les rangs de
Menendez, lui, n'a jamais cessé de se poser des questions. Ses seules réponses sont le plastique et la dynamite. C'est peut-être ce qui a fait fléchir Jonas: l'intime conviction de Pedro qu'il faut en passer par là. Personne ne sait vraiment pourquoi Pedro fait sauter des bombes. Mais quelles que soient ses raisons, elles ne peuvent être que mauvaises.
Non…?
Sûrement.
Quoique…
La question est laissée en suspens tout au long de cet épisode
comme une énigme qu'il vaut mieux ne jamais résoudre. Qui n'a
jamais pensé, dans un isoloir, un bulletin à la main: