Peste soit des 'ecritures! Quelle absurde mystification que les 'ecritures! et qu’il devait ^etre et niais, et lieu commun, et brumeux, le premier qui s’est avis'e de pr'etendre qu’on parlait en 'ecrivant. C’est comme si on pr'etendait faire un voyage de long cours, en sautant `a cloche-pied. Voil`a que j’ai 'ecrit quatre grandes pages, sans te dire un seul mot qui m’int'eress^at, moi, c’est-`a-d sans te dire un seul mot qui e^ut rapport `a toi. J’ai calcul'e le jour, o`u je quittais Moscou, que ce jour-l`a m^eme, c’'etait le 20 ao^ut, tu arrivais `a Munic. Ah, quand viendra cet autre jour, o`u tu verras ma chienne de figure surgir inopin'ement devant toi? Sache, ma bonne amie, que l’absence m’exc`ede au dernier point, qu’il y a longtemps que je ne t’ai vue et que je me sens tr`es mal `a cette privation. Je te dis cela avec l’abandon le plus complet de ma dignit'e, car je sais bien qu’`a l’heure qu’il est je ne puis plus compter sur ta r'eciprocit'e. Je le sais. Je le sens. — Mais n’importe. Je suis trop vieux pour recommencer `a aimer — et bon gr'e, mal gr'e, il faut que je m’habitue `a me contenter d’une affection m^eme partag'ee. On n’est plus digne d’autre chose. Quant `a moi, vois-tu? Pour ^etre enti`erement vrai, je dois te dire qu’il n’y a que toi que j’aime v'eritablement au monde, tout le reste n’est qu’accessoire, tout le reste c’est un dessus de moi, tandis que toi, c’est moi-m^eme, et cette affection n’est si vraie que parce qu’elle est de l’'ego"isme tout pur.

Ainsi, en lisant ta derni`ere lettre, o`u rien ne trahit le malaise de la privation, le souvenir de tes lettres d’autrefois est venu me saisir `a la gorge, et j’ai parfaitement compris ce qu’'eprouve un vieillard, en retrouvant par hasard son portrait de jeune homme. — Le temps! Le temps! Ce mot r'esume tout.

Ma chatte ch'erie, tu as beau me rassurer sur ta sant'e! Je ne saurais m’y fier aussi longtemps qu’il peut ^etre question de cette sacr'ee ankylose. Eh bien? Et ton projet d’aller consulter les m'edecins de Paris? Y persistes-tu? Ou n’'etait-ce qu’une boutade? J’attends sur tout cela des r'ev'elations compl`etes dans ta premi`ere lettre que j’aime `a supposer tr`es proche du terme de ton voyage. C’est `a Stieglitz, n’est-ce pas, que tu l’as adress'ee.

Quant `a moi, encore une fois, je ferai tout mon possible pour partir d’ici au plus t^ot, et j’esp`ere que ce sera dans une quinzaine de jours. Si d’ici-l`a je suis converti de tes lettres, je te promets de prendre la voie de terre, sinon j’irai par L"ubeck.

Embrasse les enfants. J’embrasse Marie — t^ache de lui faire comprendre que je m’attends `a mon arriv'ee `a ^etre salu'e par elle par un petit fonds de phrases francaises. Je me plais `a croire Anna `a l’heure qu’il est aussi sereine qu’elle peut le souhaiter et je me repr'esente Dimitri aussi bien que tu le d'esires. — Ah, quand te verrai-je?

Перевод

Милая кисанька, я пишу нарочно большими буквами — Петербург. 26 августа 1843 г., — чтобы заставить тебя буквально убедиться, насколько уменьшилось чудовищное пространство, разделяющее нас. Да, моя славная, я уже три дня в Петербурге, в настоящем европейском потоке, вновь среди его гула и шума, среди которого я даже могу различить слабенький звук маленькой Казимиры. Не правда ли мило? Ты не поверишь, как приятно на расстоянии в 300 верст почувствовать Казимирино присутствие. Это дружеское воспоминание, от которого повеяло теплом, пришло ко мне благодаря любезному Карденосу.

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