À la fin de la journée il avait entendu tout le monde et savait, que dans la nuit de dimanche à lundi, un faux docteur muni d'une blouse dérobée à un vrai médecin, fort désagréable d'ailleurs, s'était présenté à l'hôpital en compagnie d'un ambulancier, muni de faux bons de transfert. Les deux comparses avaient sans aucune difficulté enlevé le corps de Mlle Lauren Kline, patiente en coma dépassé. Le témoignage tardif d'un externe lui fit amender son rapport : le faux docteur pouvait être un vrai médecin, il avait été appelé à la rescousse par l'externe en question, et lui avait prêté main-forte. Au dire de l'infirmière qui participait à cet acte imprévu, la précision avec laquelle il avait réalisé la pose d'une voie centrale lui laissait à penser qu'il devait être chirurgien ou tout du moins travailler dans un service d'urgences. Pilguez avait demandé si un simple infirmier avait pu poser cette voie centrale, il s'était entendu répondre qu'être infirmier ou infirmière formait à ce genre de manipulations, mais qu'en tout état de cause, les choix pris, les indications données à l'étudiant et la dex-térité du geste témoignaient plutôt en faveur de son appartenance au corps médical.

- Alors tu as quoi sur cette affaire ? demanda Nathalia prête à s'en aller.

- Un truc qui ne tourne pas rond. Un toubib, qui serait venu enlever une femme dans le coma à l'hôpital. Un travail de pro, ambulance bidon, papiers administratifs falsifiés.

- Tu penses à quoi ?

- Peut-être à un trafic d'organes. Ils volent le corps, le transportent dans un laboratoire secret, opèrent, prélèvent les parties qui les intéressent, foie, reins, cœur, poumon, et le tout est revendu pour une fortune à des cliniques peu scrupuleuses, mais ayant besoin d'argent.

Il lui demanda d'essayer de lui obtenir la liste de tous les établissements privés qui disposaient d'un bloc de chirurgie digne de ce nom et qui auraient des difficultés financières.

- Il est vingt et une heures, mon gros, et j'aimerais bien rentrer, ça peut attendre demain, elles ne vont pas déposer le bilan pendant la nuit, tes cliniques ?

- Tu vois comme tu es versatile, ce matin tu m'inscrivais sur ton carnet de bal et ce soir tu te refuses déjà à passer une soirée géniale avec moi.

J'ai besoin de toi, Nathalia, donne-moi un coup de main, tu veux bien ?

- Tu es un manipulateur, mon George, parce que le matin tu n'as pas la même voix.

- Oui mais là, c'est le soir, tu m'aides ? Enlève le gilet de ta grand-mère et viens m'aider.

- Tu vois, demandé avec autant de charme, c'est irrésistible. Passe une bonne soirée.

- Nathalia ?

- Oui, George !

- Tu es merveilleuse !

- George, mon cœur n'est pas à prendre.

- Je ne visais pas si haut, ma chère !

- C'est de toi, ça ?

- Non!

- Je me disais aussi.

- Bon allez, rentre chez toi, je me débrouillerai.

Nathalia s'avança vers la porte, se retourna :

- Tu es sûr que ça va aller ?

- Mais oui, va t'occuper de ton chat !

- Je suis allergique aux chats.

- Alors, reste m'aider.

- Bonne nuit, George.

Elle dévala l'escalier en faisant glisser sa main sur le garde-corps.

Resté seul à l'étage, l'équipe de nuit prenait ses quartiers au rez-de-chaussée du commissariat, il alluma l'écran de son ordinateur et se connecta au fichier central. Sur le clavier il pianota le mot clinique et alluma une cigarette en attendant que le serveur effectue sa recherche. Quelques minutes plus tard l'imprimante commençait à cracher quelque soixante feuilles de papier imprimé. L'homme, bourru, alla ramasser la pile qu'il rapporta à son bureau. « Eh bien, il n'y a plus qu'à ! Et pour déterminer celles qui pourraient être dans la mouise, il n'y a plus qu'à contacter une centaine de banques régionales pour leur demander la liste des établissements privés qui ont sollicité des prêts bancaires au cours des dix derniers mois. » Il avait parlé à voix haute, et dans la pénombre de l'entrée, il entendit la voix de Nathalia lui demander :

- Pourquoi les dix derniers mois ?

- Parce que c'est ça l'instinct policier. Pourquoi es-tu revenue ?

- Parce que c'est ça l'instinct féminin.

- C'est gentil de ta part.

- Tout dépendra de l'endroit où tu m'emmèneras dîner ensuite. Tu penses que tu tiens une piste ?

Elle lui semblait trop facile, la piste en question.

Il souhaita que Nathalia appelle la salle de régulation des patrouilles municipales et leur demande si une main courante ne conserverait pas trace d'un rapport dans la nuit de dimanche soir sur une ambulance. « On n'est jamais à l'abri d'un coup de bol », dit-il. Nathalia décrocha le téléphone. À l'autre bout de la ligne le policier de garde fit une recherche sur son terminal, mais aucun rapport n'avait été établi.

Nathalia lui demanda d'élargir sa recherche à la région, mais là encore les écrans restèrent muets.

Le policier de faction était désolé, mais aucun véhicule de secours n'avait fait l'objet d'une infraction ou d'un contrôle dans la nuit de dimanche à lundi.

Elle raccrocha en lui demandant de lui signaler toute information nouvelle sur ce type de sujet.

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