– Parce que, espèce d'idiot, c'est le moment où les sorciers du monde entier vont se précipiter dans le pays et où tous les fouineurs du ministère de la Magie seront sur le qui-vive pour déceler le moindre signe d'activité anormale. Ils vont passer leur temps à contrôler et recontrôler toutes les identités. Ils seront obsédés par la sécurité, de peur que les Moldus remarquent quoi que ce soit. Nous allons donc attendre.
Frank renonça à déboucher son oreille. Il avait entendu distinctement les mots « ministère de la Magie », « sorciers » et « Moldus ». De toute évidence, chacun de ces termes possédait un sens secret et, pour Frank, il n'y avait que deux sortes de gens qui aient besoin d'un code pour parler entre eux — les espions et les criminels. Frank serra plus fort sa canne entre ses doigts et écouta avec plus d'attention que jamais.
– Vous êtes donc toujours aussi décidé, Maître ? demanda Queudver d'une voix douce.
– Je suis très décidé, sans nul doute, Queudver.
Il y avait à présent quelque chose de menaçant dans la voix glaciale.
Un bref silence suivit, puis Queudver reprit la parole, les mots s'échappant précipitamment de ses lèvres, comme s'il se forçait à dire tout ce qu'il avait en tête avant que ses nerfs le trahissent.
– Il serait possible de le faire sans Harry Potter, Maître.
Nouveau silence, plus prolongé, puis :
– Sans Harry Potter ? dit la deuxième voix dans un souffle. Vraiment ?
– Maître, je ne dis pas cela par souci de protéger ce garçon ! assura Queudver, sa voix montant dans les aigus, comme un grincement. Il ne représente rien pour moi, rien du tout !
Simplement, si nous nous servions d'une autre sorcière ou d'un autre sorcier — n'importe quel sorcier — la chose pourrait être accomplie beaucoup plus vite ! Si vous m'autorisiez à vous laisser seul pendant un bref moment — vous savez que j'ai une faculté de déguisement très efficace — je pourrais être de retour ici en deux jours seulement avec la personne qui conviendrait...
– Je pourrais me servir d'un autre sorcier, dit doucement l'autre voix, c'est vrai...
– Ce serait judicieux, dit Queudver qui semblait soudain profondément soulagé. Mettre la main sur Harry Potter présenterait de terribles difficultés, il est si bien protégé...
– Et donc, tu te proposes d'aller me chercher un remplaçant ? Je me demande... Peut-être que la tâche de me soigner a fini par te lasser, Queudver ? Cette suggestion de renoncer au plan prévu ne serait-elle qu'une tentative de m'abandonner ?
– Maître ! Je... je n'ai aucun désir de vous abandonner, pas du tout...
– Ne me mens pas ! siffla la deuxième voix. Je le sais toujours lorsqu'on me ment, Queudver !
Tu regrettes d'être revenu auprès de moi. Je te dégoûte. Je te vois tressaillir chaque fois que tu me regardes, je te sens frissonner quand tu me touches...
– Non ! Ma dévotion à Votre Excellence...
– Ta dévotion n'est rien d'autre que de la couardise. Tu ne serais pas ici si tu avais un autre endroit où aller. Comment pourrais-je survivre sans toi, alors qu'il m'est impossible de rester plus de quelques heures sans nourriture ? Qui va traire Nagini ?
– Mais vous avez l'air d'avoir repris beaucoup de forces, Maître...
– Menteur, dit la deuxième voix dans un souffle. Je n'ai pas repris de forces et quelques jours de solitude suffiraient à me dépouiller de la maigre santé que j'ai retrouvée par tes soins maladroits.
Queudver, qui avait commencé à balbutier des paroles incohérentes, se tut aussitôt. Pendant quelques secondes, Frank n'entendit rien d'autre que le craquement du feu dans la cheminée.
Le deuxième homme reprit alors la parole dans un murmure qui ressemblait presque à un sifflement.
– J'ai mes raisons pour vouloir me servir de ce garçon, comme je te l'ai déjà expliqué, et je ne me servirai de personne d'autre. J'ai attendu treize ans. J'attendrai bien quelques mois de plus.
Quant à la protection dont il bénéficie, je suis convaincu que mon plan parviendra à la neutraliser. Il suffit que tu fasses preuve d'un peu de courage, Queudver — un courage que tu devras trouver en toi, à moins que tu ne souhaites subir dans toute son ampleur la colère de Lord Voldemort...
– Maître, il faut que je vous parle ! dit Queudver d'une voix qui trahissait à présent la panique.
Tout au long de notre voyage, j'ai retourné ce plan dans ma tête — Maître, la disparition de Bertha Jorkins ne passera pas longtemps inaperçue et si nous continuons, si je jette un sort...
– Si ? murmura la deuxième voix. Si ? Si tu suis le plan prévu, Queudver, le ministère ne saura jamais que quelqu'un d'autre a disparu. Tu le feras tranquillement, discrètement; je voudrais pouvoir le faire moi-même, mais dans l'état où je me trouve... Allons, Queudver, encore un obstacle à supprimer et le chemin qui mène à Harry Potter sera libre. Je ne te demande pas d'agir seul. Lorsque le moment sera venu, mon
– Je suis un fidèle serviteur, dit Queudver d'un ton où perçait un très net désenchantement.