– Queudver, j'ai besoin de quelqu'un d'intelligent et de quelqu'un dont la loyauté n'ait jamais faibli. Malheureusement, tu ne remplis aucune de ces deux conditions.
– J'ai réussi à découvrir votre retraite, répondit Queudver, la voix un peu boudeuse. Je suis celui qui vous a retrouvé. Et c'est moi qui vous ai amené Bertha Jorkins.
– C'est vrai, admit l'autre d'un ton amusé. Une idée brillante que je n'aurais jamais attendue de toi, Queudver. Mais, en vérité, tu ne savais pas à quel point elle me serait utile lorsque tu l'as capturée, n'est-ce pas ?
– Je... je pensais qu'elle pourrait vous servir, Maître...
– Menteur, répéta la deuxième voix avec un amusement de plus en plus cruel. Je reconnais cependant qu'elle nous a révélé quelque chose d'inestimable. Sans elle, je n'aurais jamais pu échafauder notre plan et tu recevras ta récompense pour cela, Queudver. Je vais te laisser le soin d'accomplir pour moi une tâche essentielle. Nombre de mes partisans seraient prêts à donner leur main droite pour se voir confier une telle mission...
– Vr... vraiment, Maître ? Qu'est-ce que... ?
Queudver paraissait à nouveau terrifié.
– Allons, Queudver, tu ne voudrais pas que je gâche la surprise ? Ton rôle viendra tout à la fin... mais je te le promets, tu auras l'honneur de m'être aussi utile que Bertha Jorkins.
– Vous... Vous...
La voix de Queudver était devenue brusquement rauque, comme s'il avait la gorge sèche.
– Vous... allez... me tuer aussi ?
– Queudver, Queudver ! dit la voix glaciale d'un ton doucereux. Pourquoi te tuerais-je ? J'ai tué Bertha parce que j'y étais obligé. Elle ne pouvait plus servir à rien après avoir subi mon interrogatoire, elle était devenue tout à fait inutile. De toute façon, on lui aurait posé des questions très embarrassantes si elle était revenue au ministère en racontant qu'elle t'avait rencontré pendant ses vacances. Les sorciers qui sont censés être morts devraient éviter de croiser des sorcières du ministère de la Magie dans les auberges de campagne...
Queudver marmonna quelque chose à voix si basse que Frank ne put l'entendre, mais l'autre homme éclata de rire — un rire totalement dépourvu de joie, aussi froid que sa façon de parler.
–
Dans le couloir, Frank se rendit soudain compte que la main qu'il tenait serrée sur sa canne était devenue moite. L'homme à la voix glaciale avait tué une femme. Il en parlait sans la moindre nuance de remords — il en parlait même avec
Frank savait ce qu'il devait faire. C'était le moment ou jamais d'aller prévenir la police. Il allait ressortir sans bruit de la maison et se précipiter vers la cabine téléphonique du village...
Mais la voix glaciale reprit la parole et Frank resta figé sur place, l'oreille tendue.
– Un autre sort à jeter... mon fidèle serviteur de Poudlard... Harry Potter sera entre mes mains, Queudver. C'est décidé. Il n'y aura plus de discussion. Mais, chut... Il me semble entendre Nagini...
Et aussitôt, la voix de l'homme changea. Il se mit à faire des bruits que Frank n'avait encore jamais entendus; il sifflait, crachait, sans reprendre son souffle. Frank pensa qu'il devait avoir une crise de quelque chose, une attaque, peut-être.
Puis Frank entendit un bruit derrière lui, dans le couloir obscur. Lorsqu'il se retourna, il fut paralysé de terreur.
Quelque chose ondulait sur le sol, quelque chose qui s'avança peu à peu dans la faible lueur que diffusaient par la porte entrebâillée les flammes de la cheminée. Frank vit alors avec épouvante qu'il s'agissait d'un gigantesque serpent d'au moins trois mètres de long. Horrifié, pétrifié, il regarda d'un air hébété son long corps ondoyant dessiner dans l'épaisse poussière du sol une large trace sinueuse à mesure qu'il approchait. Que fallait-il faire ? La seule issue, c'était d'aller se réfugier dans la pièce où deux hommes tranquillement installés s'entretenaient des meurtres qu'ils prévoyaient de commettre; pourtant, s'il restait là où il était, le serpent allait sûrement le tuer...
Avant qu'il ait eu le temps de prendre une décision, le reptile était arrivé à sa hauteur.
Incrédule, il le vit alors passer devant lui sans le toucher; un véritable miracle ! Le serpent se laissait guider par les sifflements et les crachotements que produisait la voix glaciale, à l'intérieur de la pièce et, en quelques secondes, le bout de sa queue aux écailles en losanges disparut par la porte entrouverte.
Frank avait maintenant le front aussi moite que sa main, qui tremblait en serrant sa canne.