Dans la pièce, la voix continuait de siffler et Frank eut soudain une étrange pensée, une pensée absurde...
Frank ne comprenait pas ce qui se passait. Il ne souhaitait plus qu'une seule chose, à présent : retourner dans son lit avec sa bouillotte d'eau chaude. Mais ses jambes ne semblaient pas décidées à bouger. Tandis qu'il restait là à trembler en essayant de reprendre ses esprits, la voix glaciale recommença à parler normalement :
– Nagini a des nouvelles intéressantes à nous apprendre, Queudver, dit-elle.
– Vr... vraiment, Maître ? balbutia Queudver.
– Vraiment, oui, reprit la voix. A l'en croire, il y a derrière la porte un vieux Moldu qui écoute tout ce que nous disons.
Frank n'avait aucune possibilité de se cacher. Des bruits de pas retentirent et la porte s'ouvrit brusquement.
Un petit homme au front dégarni, les cheveux grisonnants, se tenait devant lui. Son visage exprimait une inquiétude mêlée de terreur.
– Invite-le donc, Queudver As-tu oublié les bonnes manières ?
La voix glaciale s'élevait du vieux fauteuil, près de la cheminée, mais Frank ne parvenait pas à voir l'homme qui parlait. Le serpent était devant l'âtre, lové sur le tapis mangé aux mites, comme une horrible caricature de chien.
Queudver fit signe à Frank d'entrer dans la pièce. Bien qu'il ne fût pas encore remis du choc, Frank se cramponna fermement à sa canne et franchit la porte de son pas claudicant.
Les flammes de la cheminée constituaient la seule source de lumière, projetant sur les murs des ombres qui s'étiraient comme des toiles d'araignée. Frank fixa du regard le dos du fauteuil.
L'homme qui y était assis devait être encore plus petit que son serviteur car on ne voyait même pas le sommet de sa tête dépasser du dossier.
– Tu as tout entendu, Moldu ? demanda la voix glaciale.
– Comment m'avez-vous appelé ? lança Frank sur un ton de défi car, maintenant qu'il était dans la pièce, maintenant que le moment était venu d'agir, il se sentait plus courageux, comme lorsqu'il avait fait la guerre.
– Je t'ai appelé Moldu, répondit tranquillement la voix. Cela signifie que tu n'es pas un sorcier.
– J'ignore ce que vous entendez par sorcier, répliqua Frank, la voix de plus en plus ferme.
Tout ce que je sais, c'est que j'en ai suffisamment entendu ce soir pour intéresser la police, croyez-moi. Vous avez commis un meurtre et vous avez l'intention d'en commettre un autre !
Et je vais vous dire une chose, ajouta-t-il sous l'effet d'une soudaine inspiration, ma femme sait que je suis ici et si je ne reviens pas...
– Tu n'as pas de femme, dit la voix glaciale d'un ton parfaitement calme. Personne ne sait que tu es ici. Tu n'as dit à personne où tu allais. Ne mens pas à Lord Voldemort, Moldu, car il sait toujours tout...
– Voyez-vous ça ? répliqua Frank d'un ton abrupt. Un Lord, vraiment ? Eh bien, permettez-moi de vous dire que vos manières laissent à désirer,
– Justement, je ne suis pas un homme, Moldu, répondit la voix glaciale qui parvenait à peine à dominer le crépitement du feu. Je suis beaucoup, beaucoup plus qu'un homme. Mais finalement, pourquoi pas ? Je vais te regarder en face... Queudver, viens tourner mon fauteuil.
Le serviteur laissa échapper un gémissement.
– Tu m'as entendu, Queudver ?
Lentement, les traits de son visage contractés, comme s'il aurait préféré faire n'importe quoi d'autre que d'approcher son maître et le serpent lové sur le tapis, le petit homme s'avança et entreprit de tourner le fauteuil. Le reptile leva son horrible tête triangulaire et émit un léger sifflement lorsque les pieds du fauteuil se prirent dans son tapis.
Enfin, Frank se retrouva face au fauteuil et vit ce qui y était assis. Sa canne lui glissa alors des doigts et tomba par terre avec un bruit sec. La bouche grande ouverte, il laissa échapper un long hurlement. Il cria si fort qu'il n'entendit jamais les mots que la chose assise dans le fauteuil prononça en brandissant une baguette magique. Il y eut un éclat de lumière verte, un souffle semblable à un brusque coup de vent, puis Frank Bryce s'effondra. Il était mort avant d'avoir heurté le sol.
A trois cents kilomètres de là, le garçon qui s'appelait Harry Potter se réveilla en sursaut.
2
LA CICATRICE
Harry était allongé sur le dos, la respiration haletante comme s'il venait de courir. Il s'était éveillé d'un rêve particulièrement saisissant en se tenant le visage entre les mains. Sur son front, la vieille cicatrice en forme d'éclair brûlait sous ses doigts comme si quelqu'un lui avait appliqué sur la peau un fil de fer chauffé au rouge.