Et pourtant... et pourtant... Incapable de tenir en place, Harry revint s'asseoir sur son lit et caressa à nouveau sa cicatrice. Ce n'était pas la douleur qui le tracassait; la douleur et les blessures ne lui étaient pas étrangères. Un jour, il avait perdu tous les os de son bras droit et avait dû passer une longue nuit de souffrance à attendre qu'ils repoussent sous l'effet d'un traitement spécial. Le même bras avait été transpercé peu après par l'énorme crochet venimeux d'un monstrueux serpent. L'année précédente, il avait fait une chute de quinze mètres en tombant d'un balai en plein vol. Il avait l'habitude des accidents et des blessures bizarres; il fallait s'y attendre lorsqu'on était élève à l'école de sorcellerie de Poudlard et qu'on avait un don indiscutable pour s'attirer toute sorte d'ennuis.

Non, ce qui tracassait Harry c'était que, la dernière fois qu'il avait eu mal à sa cicatrice, Voldemort se trouvait à proximité... Pourtant Voldemort ne pouvait être ici, en ce moment...

La pensée que Voldemort se cache dans Privet Drive était absurde, impossible...

Harry écouta attentivement le silence qui régnait autour de lui. S'attendait-il plus ou moins à entendre une marche craquer ou une cape frôler le sol ? Il eut un léger sursaut lorsque son cousin Dudley poussa un ronflement sonore dans la chambre voisine.

Harry décida de se secouer un peu, mentalement tout au moins. Il était stupide. En dehors de lui, il n'y avait personne d'autre dans cette maison que l'oncle Vernon, la tante Pétunia et Dudley et, de toute évidence, tous trois dormaient encore, plongés dans des rêves paisibles et sans douleur.

C'était quand ils dormaient que Harry aimait le mieux les Dursley. Lorsqu'ils étaient éveillés, ils ne lui étaient jamais d'aucun secours. L'oncle Vernon, la tante Pétunia et Dudley étaient les seuls membres de sa famille encore vivants. C'étaient des Moldus (des gens dépourvus de pouvoirs magiques) qui détestaient et méprisaient la magie sous toutes ses formes, ce qui signifiait que Harry était à peu près aussi bienvenu sous leur toit qu'une colonie de termites.

Au cours des trois dernières années, ils avaient justifié les longues absences de Harry, lorsqu'il se trouvait au collège Poudlard, en racontant à tout le monde qu'il était en pension au Centre d'éducation des jeunes délinquants récidivistes de St Brutus. Ils savaient parfaitement que, étant sorcier de premier cycle, Harry n'avait pas le droit de faire usage de magie en dehors de Poudlard, mais ils ne manquaient pas pour autant de rejeter sur lui la responsabilité de tout ce qui n'allait pas dans la maison. Harry n'avait jamais pu se confier à eux, ni leur raconter quoi que ce soit de sa vie dans le monde des sorciers. La seule pensée d'aller voir son oncle et sa tante pour leur parler de sa cicatrice douloureuse et de ses inquiétudes concernant Voldemort était risible.

Pourtant, c'était à cause de Voldemort que Harry avait été obligé d'aller vivre chez les Dursley. Sans Voldemort, il n'aurait pas eu de cicatrice en forme d'éclair sur le front. Sans Voldemort, il aurait encore des parents...

Harry avait un an le soir où Voldemort — le plus puissant mage noir du siècle, un sorcier qui, pendant onze ans, avait vu son pouvoir s'accroître régulièrement — était arrivé dans la maison de ses parents et avait tué son père et sa mère. Voldemort avait ensuite tourné sa baguette magique vers Harry et lui avait lancé un sort auquel de nombreux sorcières et sorciers d'âge mûr avaient succombé au cours de son ascension vers le pouvoir suprême. Mais, si incroyable que cela puisse paraître, le sortilège n'avait pas eu l'effet escompté. Au lieu de tuer le petit garçon, il avait ricoché et frappé Voldemort lui-même. Harry avait survécu sans autre blessure qu'une entaille en forme d'éclair sur le front, tandis que Voldemort, lui, avait été réduit à quelque chose d'à peine vivant. Ses pouvoirs anéantis, sa vie quasiment éteinte, le mage maléfique s'était enfui. La terreur dans laquelle la communauté secrète des sorcières et sorciers avait vécu pendant si longtemps n'avait plus de raison d'être. Les partisans de Voldemort s'étaient dispersés et Harry Potter était devenu célèbre.

Harry avait reçu un grand choc en découvrant qu'il était un sorcier le jour de son onzième anniversaire. Il avait été encore plus déconcerté en s'apercevant que son nom était connu de tous dans le monde caché de la sorcellerie. A son arrivée à Poudlard, il s'était rendu compte que les têtes se tournaient sur son passage et que des chuchotements le suivaient partout où il allait. Mais à présent, il s'y était habitué. A la fin de cet été, il entamerait sa quatrième année d'études à Poudlard et il comptait déjà les jours qui le séparaient de son retour dans le vieux château.

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