`a Varsovie ce 7 (15) f'evrier 1785

Petit `a petit je me rapproche de vous mon cher

Ch'evalier ; et quoique je compte sur le d'esir que vous

av'es de me voir, il ne peut etre plus vif que le mien. Le

Prince Henri m’a trait'e avec tant de bont'e, de grace, et

j’ose m^eme dire d’amiti'e, qu’il m’a et'e impossible de

lui r'efuser de rester `a Berlin quelques jours de plus ;

depuis j’ai 'eprouv'e tant de contrariet'e dans ma route ;

j’ai trouv'e tant de neiges, de degel, et de trous, que je

n’ai p^u arriver ici qu’avanthier : mes voitures ont 'et'e

bris'ees, et peu s’en est fall^u, que je ne le fusse moi-

m^eme. Je compte partir lundi prochain pour St.

Petersbourg : j’'espere trouver de vos nouvelles `a Riga,

et que vous aur'es pris la peine de parler `a qui il sera

n'ec'essaire pour qu’on m’'epargne un peu les Exc'es

d’inquisition de douane que plusieurs Ministres m’ont

dit avoir 'eprouv'es `a cette fronti`ere, par la faute des

subalternes, et certainement contre l’intenton du

gouvernement. Comme j’ai trouv'e ici plusieurs

personnes avec qui j’avois 'et'e li'e `a Paris, j’y mene une

vie fort agr'eable ; d’ailleurs c’est un usage 'etabli d’y

r'ecevoir parfaitement les Etrangers. La ville est

cependant un peut attrist'ee par une affaire aussi

extraordinaire – dans son principe que dans sa

marche ; je ne vous en ferai aucun detail, parceque

certainement vous la sav'es `a Petersbourg, comme ici :

une femme de mauvaise vie, lasse d’employer des

moyens vulgairement malhonnetes pour gagner de

l’argent, en a essay'e de plus infames ; par de doubles

relations probablement fausses toutes deux, et des

discours `a double entente, elle a excit'ee beaucoup de

trouble, d’inquietudes, a compromis plusieurs

personnes, et a donn'e lieu `a un proc`es, qui n’est pas

encore jug'e. Voil`a, ce qu’il me paroit le fond de cette

histoire, sur laquelle je ne me permettrai pour le

moment aucune r'efl'exion.

Vous ne m’av'es pas mand'e `a Berlin que vous avi'es 'et'e malade ; j’ai se^u par Mr. d’Aranza,

que vous avi'es e^u un mal au jambe, qui vous avoit r'et'en^u au lit, ass`es long tems, j’aurois bien

voul^u apprendre que vous etes r'etabli, et j’'esp`ere `a Riga en avoir la certitude ; je compte y ^etre le

27 ou le 28.

Toutes les nouvelles que j’ai r'ecues de Paris m’apprennent, que toutes les

personnes qui nous interessent tous deux, se portent `a merveille, et ne souffrent

que de notre absence.

M. de Stackelberg soit me donner quelques rensegnements sur ma route ;

j’ai et'e charm'e de le trouver ici ; il jouit parfaitement de la r'eputation qu’il m'erite.

Je compte toujours trouver `a Riga le domestique Russe, que je vous ai pri'e

de m’y envoyer.

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