«Lève-toi, passe le Jourdain, toi et tout le peuple avec toi, pour entrer au pays que je donne aux enfants d’Israël. Vous posséderez tous les pays où vous aurez posé la plante de vos pieds. Vos frontières seront depuis le désert et le Liban jusqu’au grand fleuve de l’Euphrate, et tout le pays des Éthiens vous appartiendra aussi, jusqu’à la grande mer, vers le soleil couchant. Nul ne pourra te résister, tant que tu vivras; car je ne t’abandonnerai point. Fortifie-toi donc et prends courage.» (Livre de Josué 1:2-6)

Ce n’était pas la première fois, depuis la sortie d’Égypte, que Jéhovah rappelait ce qu’il avait juré à Abraham, Isaac et Jacob. Ah! quel immense empire que celui qu’il s’était engagé, par serment, à donner à son peuple! Toutes les terres comprises entre la péninsule du Sinaï, la Méditerranée et l’Euphrate, cet empire eût été plus grand que celui d’Assyrie. Mais, aussi, quelle faillite à ces engagements solennels! Les Juifs n’ont jamais eu qu’un misérable territoire. Cet Euphrate tant promis, ils l’ont connu non comme propriétaires, mais comme captifs. Leur grand fleuve n’a jamais été que le pauvre Jourdain.

Que fit le successeur de Moïse à la suite des exhortations de Jéhovah?

«Josué envoya secrètement de Sittim deux espions. Ceux-ci partirent, entrèrent dans la ville de Jéricho, et passèrent la nuit chez une nommée Raab, qui était une prostituée.» (2:1)

Les traductions chrétiennes de la Bible qualifient d’hôtelière la dame Raab; or, le texte original hébreu porte zonah, mot qui signifie bel et bien prostituée, femme débauchée, vivant de ses charmes. Pourquoi cette inexactitude de traduction? Ne serait-ce point parce que la susdite Raab figure, dans l’Evangile (généalogie donnée par saint Matthieu 1:5), au nombre des aïeules de Jésus-Christ?…

«Le roi de Jéricho, ayant été averti, envoya auprès de Raab, et l’on dit à cette prostituée: Fais sortir les deux hommes qui sont entrés dans ta maison; car ce sont des espions venus pour examiner le pays. Mais cette femme les cacha et répondit: Ils sont sortis, tandis qu’on fermait les portes de la ville, et je ne sais où ils sont allés.» (v. 2-5)

Après le départ de la police, Raab fit un pacte avec les deux espions. Elle leur apprit que les gens du pays, connaissant les merveilles de la sortie d’Egypte, avaient une peur atroce de l’armée juive.

Quant à eux, ils lui donnèrent un signe distinctif à mettre à sa maison, et ils lui promirent que, lors de la future prise de Jéricho, ce signe la ferait excepter du massacre. Ce pacte conclu, les deux espions s’évadèrent par la fenêtre, la maison de Raab étant située à côté même des murs de la ville. (v. 9-21)

Les critiques demandent pourquoi, Dieu ayant juré a Josué qu’il serait toujours avec lui, Josué prit cependant la précaution d’envoyer des espions chez une fille de joie. Quel besoin, dit Voltaire, avait-il de cette misérable, quand Dieu lui avait promis son secours de sa propre bouche; quand il était sûr que Dieu combattait pour lui, et qu’il était à la tête d’une armée de six cent mille hommes, dont il détacha, selon le texte sacré, quarante mille pour aller prendre le village de Jéricho, qui ne fut jamais fortifié, les peuples de ce pays-là ne connaissant pas encore les places de guerre, et Jéricho étant dans une vallée où il est impossible de faire une place tenable? — De Jéricho, qui est au pied du mont Karantal, il ne reste aujourd’hui que quelques pauvres huttes, abritant environ 300 habitants; les guides à l’usage des touristes nous apprennent que la moralité des femmes de cette bourgade est toujours à la hauteur de celle de leur glorieuse ancêtre Raab.

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