A propos de cette fille Raab, le bénédictin dom Calmet a discuté si elle fut ou non coupable d’un mensonge, en disant que les espions juifs étaient partis, lorsqu’ils étaient chez elle; il prétend qu’elle accomplit ainsi une très bonne action. «Etant informée, écrit ce théologien, du dessein de Dieu, qui voulait détruire les Cananéens et livrer leur pays aux Hébreux, elle n’y pouvait résister sans tomber dans le crime de rébellion à l’égard de Dieu; de plus, elle était persuadée des justes prétentions de Dieu, et de l’injustice des Cananéens; ainsi elle ne pouvait prendre un parti ni plus équitable ni plus conforme aux lois de la sagesse.» Le savant Fréret a répondu que, si cela était, la prostituée Raab aurait donc été inspirée de Dieu même, aussi bien que Josué; ce qui serait fort étrange. Il semble plutôt, dit-il, que cette Raab, par son crime abominable de trahison envers sa patrie au profit des espions d’un peuple barbare, était une infâme qui méritait le dernier supplice.

Mais n’insistons pas, et poursuivons. Josué ordonna de marcher contre Jéricho; pour cela, il fallait d’abord passer le Jourdain. Les prêtres qui portaient l’arche d’alliance marchèrent en tête du peuple; ils entrèrent hardiment dans l’eau, en gens bien certains qu’un miracle ne pouvait manquer de se produire. A peine leurs pieds furent-ils mouillés que les flots supérieurs du fleuve s’arrêtèrent, comme si une digue invisible s’était subitement élevée, et s’accumulèrent d’une manière formidable en hauteur, tandis que les eaux inférieures, suivant leur cours ordinaire, laissèrent le lit du Jourdain à sec. Et les prêtres restèrent au milieu du fleuve, jusqu’à ce que tout le peuple juif eût passé. En mémoire du miracle, on entassa douze grosses pierres auprès du Jourdain. Puis, une fois que les porteurs de l’arche d’alliance eurent gagné la rive droite, les eaux reprirent leur cours habituel (ch. 3, 4).

En apprenant ces merveilles, les rois des divers peuples de la région, jusqu’aux rivages de la Méditerranée, «sentirent leur cœur se fondre » et se découragèrent au plus haut point. Sur ces entrefaites, papa Bon Dieu fit remarquer à Josué que, depuis le départ d’Egypte, la circoncision n’avait plus été pratiquée. Pourquoi cet oubli? la Bible ne le dit pas; elle se borne à nous apprendre le fait, tout-à-coup. Aucun des mâles qui étaient nés au désert n’avait subi la petite opération que l’on sait. Or, la totalité du peuple hébreu dépassait alors quatre millions de personnes des deux sexes; cela faisait donc approximativement deux millions de mâles, de tout âge. On peut ainsi s’imaginer la quantité fantastique de prépuces qui furent coupés, sur l’ordre de Josué, et l’on ne s’étonne pas que leur tas fit une véritable colline; l’auteur sacré l’appelle «montagne des prépuces». Quatorze jours après, les Hébreux firent la Pàque et eurent assez de blé pour se fabriquer du pain; dès lors, la manne, n’étant plus nécessaire, cessa (ch. 5).

Conformément aux instructions divines, l’armée israëlite fit le tour de Jéricho, pendant six jours de suite, les soldats marchant gravement et les prêtres jouant de leurs instruments de musique; les assiégés étaient ébahis de cette manière de les combattre, mais ils ne se rendaient pas.

Le septième jour, de nouveau selon les prescriptions de Jéhovah, on exécuta encore la promenade circulaire, cette fois avec une autre musique plus forte, accompagnée d’un grand cri poussé par tout le peuple, et alors les remparts de la ville s’écroulèrent.

Josué ordonna de massacrer tout, «depuis l’homme jusqu’à la femme, depuis l’enfant jusqu’au vieillard, même jusqu’au bœuf, au menu bétail et à l’âne». La prostituée Raab fut seule épargnée, avec ses parents à qui elle avait donné asile dans sa maison.

«Après quoi, les Hébreux, ayant pris l’or et l’argent pour le trésor du Seigneur, brûlèrent la ville et tout ce qui était dedans.» (ch. 6)

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