Le critique anglais Thomas Wolston, qui paya de plusieurs années de prison son indépendance en matière religieuse, et qui exerça sa verve aussi bien contre les livres sacrés des chrétiens que contre ceux des juifs, déclarait nettement qu’il fallait choisir entre l’histoire des Juges et celle de Josué, attendu que l’une ou l’autre est mensongère, puisqu’il y a contradiction flagrante entre ces deux saints livres. Il n’est pas possible, disait-il, que les Hébreux aient été esclaves immédiatement après avoir exterminé tous les habitants du Canaan avec une armée de six cent mille hommes. Quel est ce Chuzan-Rischataïm, roi de Mésopotamie, qui vient tout d’un coup mettre à la chaîne les enfants d’Israël? Comment est-il venu de si loin, sans qu’on dise rien de sa marche? Le texte dit bien, à la vérité, que c’est un châtiment du Seigneur pour avoir donné leurs filles en mariage aux Cananéens et pour avoir épousé les filles de ceux-ci; mais il est trop aisé de dire que lorsqu’on a été vaincu, c’est parce qu’on a péché, et que quand on a été vainqueur, c’est parce qu’on a été fidèle: il n’y a aucune nation ni aucune bourgade de sauvages qui n’en puisse dire autant. Il sera toujours impossible de comprendre comment une population de quatre millions d’individus, ayant six cent mille hommes d’armes, peut avoir été réduite en servitude dans le même pays qu’elle venait de conquérir; de même qu’il est impossible que cette horde formidable de guerriers ait anéanti tous les anciens habitants, et que des alliances matrimoniales se soient ensuite établies entre les massacreurs et les exterminés. Cette foule de contradictions n’est pas soutenable. Il est dit, aussitôt après, qu’au bout de huit ans le juge Othoniel délivra ses compatriotes et que les Hébreux chassèrent et tuèrent ce Chuzan-Rischataïm, roi de Mésopotamie; mais on ne nous donne aucun renseignement sur cette guerre qui dut être considérable et dont les historiens, pourtant, n’entendirent jamais parler.

Quarante ans plus tard, les Hébreux furent asservis par Eglon, roi des Moabites, quoique le royaume de Moab n’existât plus depuis longtemps; sa suppression par le massacre en masse est antérieure à la prise de Jéricho.

Cet esclavage dura dix-huit années. Aod, fils de Géra, y mit fin au moyen d’un stratagème meurtrier: ce juif, s’étant joint aux délégués du peuple, qui apportaient un présent à Eglon, pria le tyran de le recevoir à part dans sa chambre, sous prétexte de quelques mots secrets qu’il avait à lui dire; Eglon, sans méfiance, s’enferma avec Aod, lequel lui enfonça un poignard dans le ventre et s’en alla aussitôt, sans se faire remarquer. Cet assassinat encouragea les Juifs; ils se révoltèrent, et dix mille Moabites furent égorgés. Et le pays fut en repos pendant quatre-vingts ans. Après Aod fut Samgar, «qui tua six cents Philistins avec un soc de charrue» et qui délivra aussi Israël (3:11-31).

Les Hébreux furent encore esclaves d’un certain Jabin, roi de Canaan. Heureusement, une vénérable prophétesse, qui chantait des cantiques sous un palmier entre Rama et Béthel, Mme Débora, manda auprès d’elle le sieur Barac, enflamma son courage, ainsi que celui de dix mille soldats des tribus de Zabulon et Nephtali, et partit en guerre avec eux. Les troupes de Jabin, commandées par le général Sisara, fuient taillées en pièces, à leur première rencontre avec celles de Barac et Débora.

Le général, dans sa fuite, se réfugia chez Héber, que l’auteur sacré nous dit être «un cinéen vivant en paix avec le roi Jabin». Or, Héber avait une femme, l’aimable Jahel, à qui Jéhovah souffla une inspiration. C’est Jahel elle-même qui offrit asile à Sisara. «Elle vint au-devant de lui et lui dit: Mon seigneur, retire-toi chez nous, et ne crains point. Et elle le cacha. Comme il avait soif et demandait de l’eau à boire, elle lui donna du lait. Sisara la pria de se tenir à l’entrée de la tente; puis, il s’endormit profondément. Alors, Jahel prit un clou très long, ainsi qu’un marteau, rentra tout doucement, et lui transperça la tempe avec ce clou, qui s’enfonça jusqu’en terre; et le général mourut. Or, Barac étant arrivé ensuite, Jahel lui montra Sisara étendu mort, en disant: Voilà celui que tu cherches.» Quant au roi Jabin, il ne tarda pas à être massacré, et la prophétesse Débora chanta un de ses plus beaux cantiques (ch. 4, 5).

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