«Avec cela, s’écria-t-il, nous remporterons une grande victoire. Ne me perdez pas de vue, et faites exactement ce que je ferai; quand je serai arrivé au bout du camp ennemi, vous m’imiterez en tout. Ayez confiance! La bataille sera gagnée aux sons de ces trompettes et avec cri, retenez-le bien: L’épée de l’Éternel et de Gédéon!» (7:7-18)

Il attendit la nuit. Alors, il descendit avec ses trois cents lapeurs vers le camp madianite. On se glissa silencieusement dans les avant-postes, tandis qu’on venait de poser la seconde garde. Puis, chacun ayant mis et allumé sa lampe dans le vase de terre, Gédéon et ses soldats sonnèrent tout-à-coup de leurs trompettes, tout en cassant avec fracas leurs pots (quelques traducteurs écrivent: leurs cruches), avec accompagnement de clameurs où dominait le cri donné comme mot d’ordre. Les Madianites, réveillés en sursaut, furent effrayés de ce vacarme de trompettes et surtout de ces trois cents pots brisés, et, ne comprenant rien à, ces lampes que les Israélites agitaient en vociférant, ils se tuèrent à peu près tous les uns les autres (7: 16-28).

On a plus loin le compte de ce massacre; deux généraux madianites, Horeb et Zeeb, furent tués par des hommes de la tribu d’Ephraïm, tandis qu’ils s’enfuyaient vers le Jourdain, et deux rois, nommés Zébah et Tsalmunah, furent atteints à Karkor et égorgés par Gédéon en personne. Le texte sacré dit expressément:

«Zébah et Tsalmunah purent gagner Karkor, et ils y étaient avec quinze mille hommes de troupes, c’est-à-dire ceux qui avaient survécu de toute l’armée des peuples orientaux; car il y avait cent vingt mille hommes, tirant l’épée, qui étaient tombés morts.» (8:10)

Nous apprenons donc par là qu’il y avait cent trente-cinq mille Madianites, Amalécites et autres orientaux campés dans la vallée de Jizréhel; ce camp était, par conséquent, d’une étendue considérable. Or, le camp d’une armée de cent mille hommes occupe, d’ordinaire, une lieue carrée de superficie; c’est le calcul du chanoine Röhrbacher, lorsqu’il parle des campements israëlites dans le désert (Histoire universelle de l’Eglise catholique, tome 1, page 182); et une lieue carrée équivaut à seize cents hectares; d’où l’on doit conclure que le camp madiano-amalécite de Jizréhel occupait deux mille deux cents hectares, au bas mot, et que la ligne extérieure de pourtour avait un développement de vingt-un kilomètres environ. N’oublions pas que les soldats de Gédéon pénétrèrent à peine dans les avant-postes et restèrent en place: «ils se tinrent, chacun en sa place, autour du camp» (v. 21); le texte est précis. Ainsi, pour entourer le camp, les trois cents lapeurs étaient forcément clairsemés, avec une distance de soixante-dix mètres entre chacun d’eux. Et cela se passait la nuit! Comment, à cette distance, pouvaient-ils se voir les uns les autres et imiter tous ensemble Gédéon brisant son pot de terre? Quel piètre effet dut être, en réalité; celui de trois cents cruches cassées dans une ligne circulaire de vingt-un kilomètres! Trois cents hommes, entrant dans un camp en phalange compacte, ne produiraient qu’un effet bien piteux sur une surface de deux mille deux cents hectares; à plus forte raison, s’ils étaient disséminés et demeuraient sur la ligne extérieure, le résultat serait absolument nul. C’est pourquoi le stratagème de Gédéon ne signifie rien de rien dans cette histoire; s’il a réussi, là est vraiment le miracle; il a fallu que Sabaoth ait fait faire à trois cents trompettes le vacarme de trente mille, qu’il ait plus que centuplé le bruit des cruches brisées, qu’il ait donné aux cris des lapeurs une multiplication formidable par des échos surnaturels dont la Bible ne parle pas. Réduit à ses termes mêmes, le récit du divin pigeon est une blague invraisemblable, impossible et grotesque.

Quoi qu’il en soit, à la suite de ce fait d’armes sans précédent, Gédéon devint extrêmement populaire dans tout Israël, et ses compatriotes lui offrirent la royauté; mais le héros, aussi modeste que pratique, refusa les honneurs souverains, en ajoutant toutefois: «Je préfère que vous me donniez, chacun de vous, les bagues d’or de votre butin.» Et le poids des bagues d’or qu’il reçut ainsi fut de «mille sept cents sicles d’or» (8:22-26).

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