Les termes dont se sert l’auteur du livre de Tobie insinuent qu’Asmodée était amoureux et jaloux de Sara. Cette idée est conforme à l’ancienne doctrine des génies, des sylphes, des anges, des dieux de l’antiquité; tous ont été amoureux de nos filles. Nous avons déjà vu, dans la Genèse, les fils ou anges de Dieu amoureux des filles des hommes et leur faire des enfants géants (pages 76 et suivantes). La fable a dominé partout. — Ce n’est point ici le lieu de répéter ce que les théologiens ont dit des démons incubes et succubes; des hommes miraculeux, nés de ces copulations chimériques; de tous les différents diables entrant dans les corps des garçons et des filles en cent manières diverses; des moyens de les faire venir et de les chasser; enfin, de toutes les superstitions de cette espèce dont la fourberie s’est servie dans tous les temps pour tromper l’imbécillité. Cela nous mènerait trop loin. Cette étude est réservée à l’ouvrage que je prépare sous le titre les Cocasseries de la Foi.
«Or, la prière de Tobie et celle de Sara furent entendues devant la gloire du grand Dieu; et Raphaël fut envoyé pour guérir Tobie des taies qu’il avait sur les yeux et pour donner Sara en mariage à Tobie fils, en liant Asmodée, l’esprit malin, parce que Dieu avait décidé que le droit de la posséder comme femme appartiendrait à Tobie fils.» (3:16-17)
C’est la première fois qu’un ange est nommé dans l’Ecriture sainte. Tous les commentateurs avouent que ces noms sont d’origine chaldéenne: Raphaël, médecin de Dieu; Uriel, feu de Dieu; Jesraël, race de Dieu; Mikaël, semblable à Dieu, Gabriel, l’homme de Dieu. Les anges persans avaient des noms tout différents: Mah, Kur, Dubadur, Bahman, etc. Les Juifs étant esclaves chez les Chaldéens, et non chez les Persans, s’approprièrent donc les anges et les diables des Chaldéens, et se firent une théurgie toute nouvelle, à laquelle ils n’avaient point pensé encore. Ainsi, l’on voit que tout change chez ce peuple, selon qu’il change de maîtres. Quand ils sont asservis aux Cananéens, ils prennent leurs dieux; quand ils sont captifs chez les rois qu’on appelle assyriens, ils prennent leurs anges bienfaisants et malfaisants.
«Un jour, donc, Tobie se souvint de l’argent qu’il avait remisa Gabélus, et il se dit en lui-même: Pourquoi n’appellerai-je pas Tobie mon fils avant que je meure, pour le lui déclarer? Et il l’appela et lui dit: Mon fils, si je meurs, ensevelis-moi, et ne méprise point ta mère.» (4:1-3)
Suit un long discours, qui se termine ainsi:
«Maintenant je te déclare que j’ai prêté dix talents d’argent à Gabélus sur sa promesse, dans Ragès, ville de Médie.» (v. 21)
Puis, Tobie remet à son fils le billet que Gabélus lui a souscrit (5:3) et lui recommande de se trouver un compagnon de voyage (v. 4).
«Alors Tobie fils rencontra un jeune homme très beau, dont la robe était retroussée à la ceinture; c’était Raphaël; mais il ne savait pas avoir affaire à un ange de Dieu. Il le salua et lui dit: Pourrais-je aller avec toi en Médie? connais-tu ce pays? L’ange lui répondit: J’irai avec toi, je connais la route, et même j’ai logé à Ragès, chez Gabélus, notre frère.» (v. 5-8)
Comme cela tombait bien! Tobie fils, enchanté, présenta aussitôt à son père le jeune homme à la robe retroussée. Celui-ci déclara qu’il se nommait Azarias, de la race du grand Ananias (v. 15); justement le vieux Tobie avait connu Ananias, qui était quelque peu son parent. Là-dessus, discussion sur le salaire à accorder au voyageur-protecteur: