Tout ceci mérite quelques observations; mais voyons d’abord la lin de cette édifiante histoire.
«A peine Jacob était-il sorti après avoir reçu la bénédiction d’Isaac, qu’Esaü revint de la chasse. — Il apprêta aussi son gibier et apporta le ragoût à son père, en lui disant: Lève-toi, mon père, afin que tu manges de la chasse de ton fils, et que ton âme me bénisse. — Et Isaac dit: Qui es-tu donc? Esaü lui répondit: Je suis Esaü ton fils aîné. — Alors, Isaac éprouva une extraordinaire émotion, et il dit: Mais qui est celui qui m’a apporté du gibier, et où est-il? J’ai mangé, avant que tu vinsses, de tout ce qu’il m’a présenté; je l’ai béni, et voilà qu’il sera béni! — Aussitôt qu’Esaü eut entendu ces paroles, il poussa un cri fort grand et très amer, et il dit à son père: Ah! donne-moi aussi ta bénédiction, mon père! — Mais Isaac répondit: C’est ton frère qui est venu ici frauduleusement; il a réussi à me surprendre, et il a emporté ta bénédiction. — Esaü repartit: On l’a appelé Jacob avec raison; car il m’a déjà supplanté deux fois: il m’a enlevé mon droit d’aînesse, et voici qu’à présent il m’a dérobé ta bénédiction. Allons, mon père, n’as-tu point réservé de bénédiction pour moi? — Et Isaac répondit à Esaü: Voici ce que j’ai fait; je l’ai établi ton maître, et je lui ai soumis tous ses frères; il aura du blé en abondance, il aura le meilleur vin; après cela, que puis-je faire pour toi, mon fils? — Et Esaü dit encore: N’as-tu donc qu’une seule bénédiction, mon père? O mon père, bénis-moi aussi. Et Esaü pleura, en jetant de grands cris.
— Isaac lui répondit: Eh bien, voici pour toi: ta demeure sera dans un terroir gras, arrosé de la rosée des cieux d’en haut. — Et tu vivras par ton épée; mais tu serviras ton frère; néanmoins, le temps viendra que tu secoueras le joug de ton cou.» (27:30-40)
Et c’est tout; Esaü n’eut pas de bénédiction.
J’en appelle à Léon XIII lui-même, qui fit la grimace et frappa du poing, dit-on, lorsqu’il apprit que je l’avais mystifié de la plus belle façon et qu’en bon fumiste je lui avais soutiré des bénédictions dont je me gaussais en mon for intérieur. Oui, j’en appelle au Saint-Père en personne, et je l’enferme dans ce dilemme: ou cette histoire d’Isaac, Rébecca, Esaü et Jacob est une ridicule craque, et dans ce cas Léon XIII aurait tort de m’en vouloir, puisque l’Esprit-Saint, inspirateur de la Genèse, mystifiant les crédules dévots, donne l’exemple des fortes blagues et montre qu’en matière de religion on peut tout conter aux imbéciles; ou bien cette histoire est rigoureusement vraie, et dans ce cas le Dieu des catholiques est lui-même un simple cornichon, puisque ses bénédictions restèrent liées à celles du gaga Isaac, que Jacob mystifia dans les grands prix. Dans un cas comme dans l’autre, les libres-penseurs fumistes n’ont pas à se gêner; ils peuvent, si ça les amuse, se payer la tête des fidèles et des curés, des évêques et du pape, des patriarches, saints et prophètes, et même de papa Bon Dieu, devenu le plus ramolli de la collection.