«Or, Ruben étant allé aux champs au temps de la moisson, y déterra des mandragores, qu’il apporta à Lia sa mère. Et Rachel dit à Lia: Donne-moi, je te prie, de ces mandragores. — Mais Lia lui répondit: N’est-ce pas assez déjà que tu m’aies pris mon mari, et faut-il encore que tu veuilles manger les mandragores que mon fils m’a apportées? Rachel lui dit: Eh bien, contre ces mandragores que je te demande, je te rendrai Jacob pour qu’il couche une nuit avec toi. — Lors donc que Jacob revint des champs le soir, Lia alla au-devant de lui et lui dit: Tu entreras en moi cette nuit, car je t’ai acheté pour prix des mandragores que mon fils avaient cueillies; et il coucha avec elle cette nuit-là. — Et Dieu écouta la prière de Lia; et elle devint enceinte, et ainsi elle enfanta son cinquième fils. — Et Lia dit: L’Eternel m’a récompensée, après que j’ai donné ma servante à mon mari. C’est pourquoi elle nomma ce fils Issachar.» (30:14-18)
Lia eut encore un sixième fils, qui reçut le nom de Zabulon, et une fille, appelée Dina, sans que la Genèse nous dise à quelle occasion Jacob vainquit de nouveau la répugnance qu’il avait pour elle. Quant à Rachel, il faut croire que les mandragores produisirent leur effet ou que Jéhovah se décida à ouvrir sa vulve; elle finit par devenir grosse à son tour; et le fils de Jacob et de Rachel fut nommé Joseph.
Toutefois, il ne faudrait pas s’imaginer que Jacob avait avalé en douceur ses quatorze années de frottage et de lavage de vaisselle; la Bible nous montre qu’il garda à Laban un chien de sa chienne.
D’abord, Jacob joua à son oncle beau-père un tour de sa façon: il lui demanda de lui donner tous les agneaux et tous les cabris de ses troupeaux qui naîtraient avec des taches vertes; Laban y consentit, pleinement convaincu que Jacob attendrait longtemps. Il avait compté sans l’esprit rusé de son gendre. Celui-ci, d’après l’Ecriture Sainte, prit des branches de peuplier, de coudrier et de châtaignier, dont il ôta les écorces, et il plaça ces branches ainsi dépouillées dans les auges et les abreuvoirs où les brebis et les chèvres de Laban venaient boire; le résultat fut que, dès lors, presque tous les agneaux et cabris naissant dans les troupeaux du beau-père étaient bigarrés étrangement, avaient des taches vertes. Laban n’en revenait pas, et il y avait de quoi! mais il était obligé, par sa promesse, de faire cadeau à Jacob de tout ce bétail extraordinaire. Nous recommandons cette recette aux amateurs, qui, éprouvant quelque difficulté à se procurer des merles blancs, désireraient s’offrir le luxe d’avoir des moutons verts. Cette mirifique recette et les détails de son succès, garanti par le divin pigeon, s’il vous plaît, sont tout au long dans la sublime Genèse, chapitre 30, versets 25 à 43.
Ensuite, le roublard Jacob, non content d’avoir, par ce truc, dépouillé Laban des neuf dixièmes de ses troupeaux, fila un beau matin sans le prévenir, emmenant sa petite famille, déjà nombreuse. Lia et Rachel, prenant parti pour lui contre leur père, l’avaient approuvé, dès qu’il leur confia ses projets de fugue; Rachel même, en s’en allant, chipa à son père toutes ses idoles, qu’elle emporta, sans en rien dire.