Tout ceci est bien horrible. Les fils et les gens de la caravane de Jacob se comportent comme les derniers des gredins à l’égard de cette population qui les avait reçus si fraternellement, qui avait poussé l’amitié jusqu’à accepter leur pratique rituelle la plus absurde, la circoncision. Jamais assassins ne furent ni plus perfides, ni plus voleurs, ni plus sanguinaires. Mais l’horreur du crime s’efface devant l’invraisemblance de telles monstruosités, et là encore le sceptique apprécie en dilettante la mystification du pigeon Saint-Esprit. Ce Siméon et ce Lévi, auteurs de cet effroyable carnage, sont deux gamins ayant cessé à peine d’avoir la morve au nez; Siméon naquit dans la neuvième année du séjour de Jacob chez Laban, et Lévi dans la dixième; ils n’avaient donc que onze et dix ans, d’après la Bible, quand, à eux deux, ils massacrèrent le roi Hémor, le prince Sichem et tous leurs sujets mâles. Il est vrai que Siméon et Lévi, ayant dans les veines le sang d’un pékin qui avait rossé Dieu en personne, devaient être des gosses bien terribles!… On en fait plus, de cette trempe-là!…
Le chapitre 35 de la Genèse nous apprend que Jacob, étant tout-à-coup navré de ce que ses femmes étaient idolâtres et se disant que cela pouvait lui porter malheur, «dit à sa famille et à tous ceux qui étaient avec lui: Jetez loin de vous tous les dieux étrangers que vous avez; purifiez-vous et changez de vêtements» (v. 2). Aussitôt dit que fait; Rachel, Lia, Zelpha, Béla, etc., etc., livrèrent leurs idoles à Jacob, qui les enterra au pied d’un chêne, aux environs de la ville que l’on venait de dévaster. Jéhovah, charmé de cette belle action, troubla la tête de tous les habitants de la contrée, et ceux-ci «ne songèrent point à poursuivre Jacob et ses enfants» (v. 5). Nous avons aussi dans ce chapitre une nouvelle apparition de papa Bon Dieu, avec discours à Jacob; mais c’est toujours la même rengaine. Puis, vers le printemps, Jacob arrive sur une route qui mène à Ephrata. Là, Rachel eut des couches si douloureuses, qu’elles la mirent à mort. «Son âme étant près de s’exhaler, elle donna à son fils le nom de Benoni, le fils de ma douleur; mais Jacob le nomma Benjamin, le fils de ma cuisse droite» (v. 18). Jacob ensevelit là sa chère Rachel et mit sur sa sépulture une pierre que les musulmans montrent encore aujourd’hui. Or, tandis que Jacob pleurait Rachel, le jeune Ruben, fils aîné qu’il avait eu de Lia, profita de sa douloureuse distraction pour se glisser auprès de l’une des femmes du patriache; il séduisit donc sa belle-mère Béla et coucha avec elle; mais, quand Jacob sut qu’il était cocufié par son fils, il ferma les yeux et ne se fâcha point, du moins pour le moment. Enfin, Jacob, revenu dans la plaine de Mambré, y retrouva son père Isaac: celui-ci mourut quelque temps après; il avait alors cent quatre-vingts ans. Isaac fut enterré par Esaü et Jacob.
Jacob était donc à la tête d’une nombreuse famille, mais Esaü aussi. Le chapitre 36 nous donne un important aperçu de la postérité de ce dernier; c’est une vraie kyrielle de «ducs», aux noms tous plus épatants les uns que les autres.