Mais je te l’écris là aujourd’hui, parce que je n’ai pas à avoir honte. Je n’ai plus honte. J’allais dire, je n’ai plus honte de mes bras.
Alors, oui, à ce compte-là, tu es Myriam, tu es discrète, tu es polie, tu es bien élevée. Tu es celle qui trouve la porte de sortie, qui fuit le danger, et les situations limites. L’inverse de moi donc. Qui me suis allègrement foutue dans des situations de danger, pour la faire courte.
Myriam sauve sa peau et tout le monde meurt dans l’histoire.
Elle n’a sauvé personne.
Mais. Comment l’aurait-elle pu ?
Moi je t’ai demandé de me sauver. Tellement de fois. Fardeau.
Quand j’avais 6 ans et que je te disais que j’étais la réincarnation de Noémie. Quand je te disais que je t’aimais et que je ne comprenais pas que tu ne me le dises pas toi, que tu ne me serres pas contre toi (autre scène primitive très vivace). Parce que, comme tu le dis, toi ou Myriam, tu as l’air dur, froid, tu as du mal avec l’expression des sentiments, tu n’es pas à l’aise.
Et je t’ai appelée certaines nuits quand les ombres étaient trop fortes.
Tout cela, c’est loin de moi maintenant, c’était une autre. J’ai fait ma paix et je ne suis pas morte.
Que disent ces prénoms de nous ? Tu me demandes.
Anne-Myriam sommée de sauver encore et encore Claire-Noémie pour ne pas qu’elle meure. Comme tu sauves les Rabinovitch en suivant les chemins de la carte postale.
Quelles incidences ont-ils eues, ces prénoms, sur nos personnalités et nos liens, pas toujours faciles ? Tu me demandes. Diable.
Aujourd’hui et depuis maintenant plusieurs années, la pulsion que tu me sauves, a disparu. Ce n’était pas ton rôle. Et moi, j’ai arrêté de m’assassiner. Mes récriminations sur ta froideur, aussi, ont disparu. J’espère que c’est le cas aussi pour ton agacement à mon égard. Par discrétion d’autres mots (et pudeur), car il y en aurait mille de mots, car je t’en ai fait voir.
Car je sais aussi être discrète et pudique, et toi, tu n’es pas une femme qui se fond dans le décor, ou qui quitte la table, bien au contraire.
Je crois qu’arrivées à 40 ans, l’une et l’autre, nous commençons à peine à nous connaître, en ayant pourtant tant vécu ensemble.
Je crois que Myriam et Noémie n’ont pas eu la chance d’à peine commencer à se connaître.
Je crois que nous avons survécu à nos disputes, à nos trahisons, à nos incompréhensions.
Je crois que jamais je n’aurais pu t’écrire cela si tu ne m’avais pas envoyé ce message avec ces questions venues de la tombe.
Je crois mais je ne sais rien.
Nous avons survécu.