Je suis Myriam, je regarde toujours où se trouve la porte de sortie, je fuis le danger, je n’aime pas les situations limites, je vois les problèmes bien avant qu’ils n’arrivent, je prends les chemins de traverse, je suis attentive au comportement des gens, je préfère l’eau qui dort, je me faufile entre les mailles du filet. Parce que j’ai été désignée ainsi.

Je suis « Myriam » – je suis : celle qui survit.

Toi, tu es Noémie.

Tu es Noémie bien plus encore que je ne suis Myriam.

Parce que ce prénom n’était même pas caché.

Autrefois nous t’appelions aussi Claire-Noémie, comme un prénom composé.

Je me souviens, quand nous étions enfants – tu devais avoir 5 ou 6 ans, et moi 8 ou 9, pas davantage –, une nuit tu m’avais appelée, de l’autre côté de la chambre. J’étais venue te voir dans ton petit lit, et tu m’avais dit :

— Je suis la réincarnation de Noémie.

C’était bizarre quand on y repense. Non ? Comment cette idée était-elle venue se loger dans ta tête ? Dans ta tête de petite enfant ? Lélia ne nous parlait jamais de son histoire à cette époque-là.

Nous n’en avons jamais reparlé ensemble et je ne sais même pas si tu te souviens de cet épisode-là. Tu t’en souviens ?

Voilà.

Je ne sais pas ce que je vais découvrir au bout de mon enquête ni qui est l’auteur de la carte postale, je ne sais pas non plus quelles seront les conséquences de tout cela. On verra.

Prends le temps de me répondre, ce n’est pas pressé, j’imagine que tu es en train de terminer les corrections de tes épreuves… les épreuves, elles portent bien leur nom. Mais courage. J’ai grande hâte de lire ton livre sur Frida Kahlo, je sens profondément qu’il sera beau, fort et important pour toi.

Je t’embrasse, et aussi ta Frida,

A.

Anne,

J’ai relu plusieurs fois ton mail depuis que tu me l’as envoyé. Et je t’avoue que les deux premières fois que je l’ai lu, j’ai pleuré.

Comme un enfant pleure quand il se fait mal, de façon irrépressible, de façon bruyante, hoquets et corps qui tremble. Parce que sa douleur lui semble, probablement, injuste.

Puis en le relisant je n’ai plus pleuré, je l’ai relu encore et encore, et j’ai neutralisé le premier sentiment que j’ai ressenti : une impossibilité et une sorte d’effroi.

En le neutralisant, j’ai pu me concentrer sur tes questions, et tenter, ce soir, de t’y répondre.

Oui, je me souviens.

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