— Non. La langue hébraïque était la langue des textes, uniquement.
— Un peu comme si Pascal, au lieu de traduire la Bible en français, avait encouragé les gens à parler latin ?
— Exactement. L’hébreu est donc le troisième alphabet que Myriam apprend à lire et écrire. À l’âge de 6 ans, Myriam sait déjà s’exprimer en russe, en allemand grâce à sa nourrice de Riga, en hébreu, elle connaît quelques rudiments d’arabe… et elle comprend le yiddish. En revanche, elle ne connaît pas un mot de français.
Au mois de décembre, pour
Après la naissance de son fils, Emma renoue ouvertement avec la religion. Ephraïm n’a pas la force de s’opposer – il proteste à sa manière, en se rasant le jour de
Cinq années de cette vie-là passent. Ce sont des cycles. Un peu plus de quatre ans en Lettonie. Presque cinq ans en Palestine. Contrairement à Riga, où la chute fut aussi rapide que brutale, leur situation à Migdal se dégrade d’année en année, lentement mais sûrement.
— Le 10 janvier 1929, Ephraïm écrit à son grand frère Boris une lettre que je vais te montrer. Une lettre dans laquelle il avoue le désastre que représente l’aventure palestinienne pour leurs parents et pour lui-même. Il se dit «
Les
—
Du bout des lèvres, Ephraïm répète les paroles de son père, qu’il connaît par cœur. Il les a entendues tous les ans, les mêmes mots, les mêmes phrases, depuis presque quarante ans.
— Quarante ans bientôt… s’étonne Ephraïm.
Ce soir-là, son esprit lui donne rendez-vous avec le souvenir de sa cousine. Aniouta. Jamais il ne prononce son prénom à voix haute.
—
Ces questions posées par les enfants font divaguer Ephraïm. Soudain il a peur, peur de mourir dans ce pays sans avoir accompli son destin. Cette nuit-là, il ne parvient pas à dormir. La mélancolie le gagne. Elle devient un paysage mental dans lequel il se promène, parfois des jours entiers. Il a l’impression que sa vie, sa véritable vie, n’a jamais commencé.
Il reçoit des lettres de son frère qui aggravent son mal.
Emmanuel est plus heureux que jamais. Il a déposé un dossier de naturalisation française grâce au soutien de Jean Renoir qui lui a écrit une lettre de recommandation. Il tourne dans ses films et commence à percer. Il habite avec sa fiancée, la peintre Lydia Mandel, au 3 rue Joseph-Bara, dans le 6e arrondissement, entre la rue d’Assas et la rue Notre-Dame-des-Champs, tout près du quartier Montparnasse. En lisant ces lettres, Ephraïm a l’impression d’entendre, au loin, les sons joyeux d’une fête où son frère s’amuse sans lui.
Emma remarque que le comportement d’Ephraïm a changé. Elle interroge la
— Ce n’est pas de ta faute si ton mari est