Si elle m’avait expliqué pourquoi, j’aurais compris. Mais il m’a fallu le comprendre par moi-même, et à ce moment-là c’était trop tard, elle n’était plus.

Tout cela pose des questions essentielles… et moi-même je m’y perds, car j’ai l’impression d’une sorte de trahison vis-à-vis de ma mère.

Maman,

Myriam pensait que la guerre n’appartenait qu’à elle.

Elle ne comprenait pas pourquoi elle devait t’en livrer le récit. Alors évidemment, en m’aidant dans mes recherches, tu te sens la trahir.

Myriam t’impose son silence, au-delà de sa disparition.

Mais maman, n’oublie pas que ses silences t’ont fait souffrir. Et pas seulement ses silences : la sensation qu’elle te mettait en dehors d’une histoire qui ne te concernait pas.

Je comprends que tu puisses être très bouleversée par mes recherches. Surtout en ce qui concerne ton père, la vie sur le plateau, l’arrivée d’Yves dans le couple de tes parents.

Mais maman, ce récit est aussi le mien. Et parfois, à la façon d’une Myriam, tu me regardes comme si j’étais une étrangère dans le pays de ton histoire. Tu es née dans un monde de silence, il est normal que tes enfants aient soif de paroles.

Anne,

Appelle-moi quand tu auras lu ce mail et je répondrai à ta question d’hier. Celle qui m’a fâchée.

Je te dirai, très précisément, non pas quand est-ce que le trio s’est reformé – cela je ne le sais pas –, mais quand Myriam, Yves et mon père se sont vus tous les trois, pour la dernière fois.

<p>Chapitre 33</p>

— C’était pendant les vacances de la Toussaint, en novembre 1947. À Authon, un petit village dans le sud de la France. Comment je le sais ? Alors voilà, c’est bien simple. Je possède une seule et unique photo de moi avec mon père. C’est une photo que j’ai tellement regardée que je la connais par cœur. Mais elle n’avait pas de légende. Si bien que je ne savais ni où elle avait été prise, ni en quelle année. Bien évidemment, cela n’était pas la peine de poser des questions à ma mère… Et puis un jour, je suis à Céreste, chez une cousine Sidoine – c’était à la fin des années 90 –, on parle… de tout… de rien… et la cousine me dit : « Tiens, au fait, j’ai retrouvé par hasard une très jolie photo de toi et d’Yves. Tu es sur ses genoux. Je vais te la montrer. » Elle ouvre un tiroir, sort une photographie. Et là, j’ai une drôle de surprise. Sur cette image, je suis au même endroit, habillée et coiffée exactement de la même façon, que sur la photographie avec mon père. Les deux photographies ne pouvaient avoir été prises que le même jour, et je dirais même sur la même pellicule. J’ai retourné la photographie, en essayant de cacher mon trouble, et là, j’ai vu qu’il y avait une légende cette-fois ci : « Yves et Lélia, Authon, novembre 1947. »

— Cette date… cela a dû te perturber.

— Évidemment. Mon père s’est suicidé le 14 décembre 1947.

— Tu crois que c’est lié ?

— On ne le saura jamais.

— Je ne me souviens plus de quoi est mort ton père, exactement. Je me rends compte que tout cela n’est pas très clair dans ma tête.

— Je te donne le compte rendu du médecin légiste aux archives de la Préfecture de police de Paris. Je te laisse les papiers. Tu te feras ta propre idée.

<p>Chapitre 34</p>

Vicente avait découvert une amphétamine plus récente que la Benzédrine, plus récréative aussi, appelée Maxiton. Du bonbon. Un excellent stimulant du système nerveux, mais sans les tremblements et sans les vertiges, sans la fatigue derrière les yeux. Le Maxiton offrait à Vicente des états de grâce, où la vie lui semblait soudain très simple à vivre.

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