— Mais si, Duluc Détective, je passe devant tous les matins pour me rendre à l’hôpital.
Je connaissais Georges depuis déjà quelques mois. Nous avions l’habitude de déjeuner ensemble près de l’hôpital où il est médecin. Et nous nous retrouvions parfois le samedi soir, quand je n’avais pas ma fille et qu’il n’avait pas ses enfants. J’adorais ces moments avec lui. Tous les deux séparés, nous avions envie de prendre notre temps et de profiter de ce début d’histoire. Nous n’étions pas pressés.
— Tu n’oublies pas le
Je n’avais pas oublié. C’était la première fois que nous allions officialiser notre relation. C’était aussi la première fois que j’allais fêter
Lors de notre premier dîner en tête à tête, je lui avais raconté l’histoire de ma famille. Les Rabinovitch partis de Russie en 1919. Et lui m’avait raconté ses parents, son père, né lui aussi en Russie, résistant chez les Francs-tireurs et partisans, main-d’œuvre immigrée. Nous avions parlé pendant des heures des destins croisés de nos familles. Nous avions lu les mêmes livres, nous avions regardé les mêmes documentaires. Cela nous donna la sensation que nous nous connaissions déjà.
Après ce dîner, il fit des recherches sur un site internet que mentionne Mendelsohn dans
— En effet, nos ancêtres s’aimaient déjà, m’avait-il téléphoné. Et ce sont eux qui ont organisé notre rencontre.
Aussi absurde que cela puisse paraître, je suis tombée amoureuse de Georges quand il a prononcé cette phrase-là.
En rentrant chez moi après le déjeuner, je me suis mise à mon bureau pour travailler, mais j’étais incapable de me concentrer. Je repensai encore et encore à la carte postale. Était-elle une réparation pour ceux qui avaient été privés de toute sépulture ? L’épitaphe d’un tombeau dont ce rectangle cartonné de 15 sur 17 centimètres était la plaque ? Ou au contraire, était-elle liée à une volonté de faire mal ? De faire peur ? Poème macabre d’un
Le portrait officiel de M. Duluc est apparu sur l’écran de mon ordinateur, un petit monsieur brun au visage anguleux, aux sourcils dessinés comme les deux cornes d’un bélier. Sa moustache démesurément grande s’enroulait sur elle-même jusqu’aux narines, d’un noir si profond qu’on aurait dit un postiche en feutrine.
La devise m’a laissée songeuse. J’ai tout de suite envoyé un mail avec mes coordonnées :
«
Une minute plus tard, mon téléphone portable a sonné, avec un message du détective de l’agence. La publicité n’était donc pas mensongère.
«