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— Une instance fut ensuite chargée d’examiner les demandes individuelles formulées par les victimes de la législation antisémite établie pendant l’Occupation – ou par leurs ayants droit. Si l’on pouvait prouver que des biens appartenant à notre famille avaient été spoliés, à partir de 1940, l’État français se devait donc d’indemniser, sans délai de prescription.
— C’était essentiellement les tableaux et les œuvres d’art, si je me souviens bien ?
— Non ! Il s’agissait de tous les biens ! Appartements, sociétés, voitures, meubles, et même l’argent liquide que l’État récupérait dans les différents camps de transit. La
— Et dans la réalité ?
— J’y suis arrivée mais… cela n’a pas été simple. Comment prouver que ma famille était morte en camp à Auschwitz ? Alors que l’État français avait décrété qu’ils étaient morts en France. C’était marqué dans leurs actes de décès de la mairie du 14e. Et comment prouver que leurs biens avaient été spoliés ? Puisque l’État français avait organisé la disparition des traces ! Et je n’étais pas la seule, évidemment… nombreux sont les descendants qui étaient, comme moi, coincés…
— Qu’est-ce que tu as fait ?
— Une enquête. Grâce à un article paru dans le journal
— Avant cela vous n’aviez pas accès aux archives ?
— Disons que les archives n’étaient pas officiellement « interdites » au public… mais que l’administration ne facilitait pas les démarches et surtout… n’en faisait pas la publicité. Ce n’était pas comme aujourd’hui, avec Internet. On ne savait pas à qui s’adresser, où, quoi, comment… Cet article a tout changé pour moi.
— Tu as écrit ?
— J’ai écrit aux adresses données par
— Restait à déterminer les biens volés.
— Oui, cela ne fut pas facile. J’ai retrouvé quand même les fiches de la SIRE, la société d’Ephraïm, qui prouvaient que sa société avait été spoliée par la Compagnie générale des eaux au moment de l’aryanisation des entreprises. J’ai mis aussi des photographies de famille que j’avais retrouvées aux Forges, grâce auxquelles j’ai pu montrer qu’ils avaient une voiture, un piano… et que tout ça avait disparu.
— Donc tu as déposé le dossier ?
— Oui, en 2000. C’était le dossier no 3816. J’ai été convoquée pour un oral qui devait avoir lieu… tiens-toi bien : début janvier 2003.
— Au moment de la carte postale…
— Oui, c’est pour ça que j’ai été mal à l’aise, avec cette histoire.