Plus tard ce jour-là, les hobbits tinrent leur propre réunion dans la chambre de Bilbo. Merry et Pippin furent indignés d’apprendre que Sam s’était faufilé au Conseil et avait été choisi pour accompagner Frodo.

« C’est tout à fait injuste, dit Pippin. Au lieu de le mettre à la porte et de le jeter aux fers, Elrond va jusqu’à le récompenser pour son effronterie ! »

« Le récompenser ! dit Frodo. Je ne peux imaginer de châtiment plus sévère. Tu parles sans réfléchir : être condamné à faire ce voyage impossible, une récompense ? Hier, je rêvais que ma tâche était terminée, que je pourrais me reposer ici un long moment, peut-être même pour toujours. »

« Je comprends, dit Merry, et je voudrais que ce soit possible. Mais c’est Sam que nous envions, pas toi. Si tu dois partir, alors ce sera un châtiment pour nous deux que de rester en arrière, même à Fendeval. Nous avons fait un bon bout de chemin à tes côtés et traversé de rudes épreuves. Nous voulons continuer. »

« C’est ce que je voulais dire, acquiesça Pippin. Nous autres hobbits, nous devons nous serrer les coudes, et c’est ce que nous ferons. Je vais venir, à moins qu’ils ne m’enchaînent. Il vous faudra quelqu’un d’intelligent dans le groupe. »

« Vous ne risquez donc pas d’être choisi, Peregrin Touc ! » dit Gandalf, apparaissant à la fenêtre, laquelle était assez basse. « Mais vous vous tracassez tous sans raison. Rien n’est encore décidé. »

« Rien de décidé ! s’écria Pippin. Alors que faisiez-vous donc tous ? Vous êtes restés claquemurés pendant des heures. »

« Nous parlions, dit Bilbo. Il y a eu beaucoup de discussions, et chacun a eu droit à sa surprise. Même ce bon vieux Gandalf. Je pense que la nouvelle de Legolas, au sujet de Gollum, a dû le prendre de court – même s’il n’a pas bronché. »

« Vous faites erreur, dit Gandalf. Vous n’étiez pas attentif. Je le savais déjà par Gwaihir. Les seules véritables surprises, comme vous dites, ont été vous et Frodo, si vous tenez à le savoir ; et je fus bien le seul à ne pas m’étonner. »

« Bon, de toute manière, dit Bilbo, rien n’a été décidé, sauf en ce qui concerne Frodo et Sam, les pauvres. Je craignais qu’on n’en vienne là, si j’étais dispensé d’y aller. Mais si vous voulez mon avis, Elrond enverra pas mal de monde, quand les éclaireurs reviendront avec des nouvelles. Sont-ils partis, dites-moi, Gandalf ?

« Oui, répondit le magicien. Quelques-uns ont déjà été dépêchés. D’autres partiront demain. Elrond envoie des Elfes : ils se mettront en rapport avec les Coureurs, et peut-être avec les gens de Thranduil à Grand’Peur. Et Aragorn est parti avec les fils d’Elrond. Il faudra battre les terres à de longues lieues à la ronde avant d’entreprendre quelque mouvement. Alors consolez-vous, Frodo ! Vous profiterez sans doute d’un long séjour ici. »

« Ah ! fit Sam d’un air renfrogné. On va attendre juste assez longtemps pour que l’hiver arrive. »

« Ça, on n’y peut rien, dit Bilbo. C’est en partie de ta faute, Frodo, mon garçon : insister pour attendre le jour de mon anniversaire… Une bien drôle de façon de le célébrer, à ce qu’il me semble. Certes pas la journée que j’aurais choisie pour remettre les clefs de Cul-de-Sac aux B.-D. Mais voilà : tu ne peux plus attendre jusqu’au printemps ; et tu ne peux pas partir avant le retour des éclaireurs.

Quand au soir de l’année l’hiver commence à mordre,

que les pierres gelées craquettent dans la nuit ;

quand les étangs sont noirs et les bois dégarnis,

il est mauvais d’errer par la Sauvagerie.

Mais c’est justement ce qui t’attend, j’en ai peur. »

« J’en ai bien peur, dit Gandalf. Nous ne pouvons partir avant d’être renseignés sur les Cavaliers. »

« Je croyais qu’ils étaient tous morts dans l’inondation », dit Merry.

« On ne peut tuer ainsi les Spectres de l’Anneau, dit Gandalf. Le pouvoir de leur maître est en eux, et ils vaincront ou tomberont avec lui. Nous espérons qu’ils aient tous été démontés et démasqués, et que leur menace soit pour un temps écartée ; mais il faut nous en assurer. Entre-temps, vous devriez essayer d’oublier vos soucis, Frodo. Je ne sais pas si cela vous aidera ; mais je vous chuchoterai ceci à l’oreille. Quelqu’un a dit qu’il faudrait de l’intelligence dans le groupe. Il n’avait pas tort. Je pense que j’irai avec vous. »

Frodo fut si ravi par cette annonce que Gandalf, quittant le bord de la fenêtre où il s’était assis, tira son chapeau et s’inclina. « J’ai dit : je pense que j’irai. Ne vous faites pas de fausse joie. L’avis d’Elrond comptera beaucoup, de même que celui de votre ami l’Arpenteur. Ce qui me fait penser que je souhaite voir Elrond. Il faut que je me sauve. »

« Combien de temps pourrai-je rester ici, selon toi ? » demanda Frodo à Bilbo quand Gandalf fut parti.

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