« Ce sont là les bois de Lothlórien ! dit Legolas. La plus belle de toutes les demeures de mon peuple. Aucun arbre ne se compare à ceux de ce pays. Car en automne, leurs feuilles ne tombent pas, mais se changent en or. Elles ne tombent pas, que ne viennent le printemps et le vert nouveau ; alors leurs branches se chargent de fleurs jaunes, et le sol de la forêt se couvre d’or ; dorée est sa voûte, et ses piliers sont d’argent, car l’écorce de ces arbres est grise et lisse. C’est ce que nos chants disent encore à Grand’Peur. Comme j’aurais le cœur content, si j’étais à l’orée de ce bois et que nous étions au printemps ! »
« J’aurai le cœur content, même en hiver, dit Aragorn. Mais il se trouve à bien des milles encore. Hâtons-nous ! »
Frodo et Sam parvinrent à suivre les autres au début ; mais Aragon les conduisait à vive allure, et au bout d’un moment, ils se mirent à traîner. Ils n’avaient rien mangé depuis le début de la matinée. La coupure de Sam le brûlait comme du feu, et la tête lui tournait. Malgré le soleil éclatant, le vent lui semblait froid après la chaude obscurité de la Moria. Il frissonna. Frodo, cherchant son souffle, sentait la douleur augmenter à chaque pas.
Enfin, Legolas se retourna, et, les voyant à présent loin derrière lui, il avertit Aragorn. Tous s’arrêtèrent, et Aragorn s’empressa d’aller les trouver, appelant Boromir à le suivre.
« Je suis désolé, Frodo ! s’écria-t-il, plein de sollicitude. Tant de choses sont arrivées aujourd’hui, et il faut à ce point nous hâter que j’en ai oublié que vous étiez blessé ; et Sam aussi. Vous auriez dû nous le dire. Nous n’avons rien fait pour vous soulager comme nous le devrions, tous les orques de la Moria seraient-ils après nous. Mais courage ! Il y a non loin un endroit où nous pourrons nous reposer un moment. Quand nous y serons, je vous soignerai de mon mieux. Venez, Boromir ! Nous allons les porter. »
Ils croisèrent bientôt un autre ruisseau qui descendait des hauteurs de l’ouest, joignant ses eaux bouillonnantes au cours impétueux de l’Argentine. Ils plongeaient ensemble dans une cascade de pierres verdâtres et partaient mousser au creux d’un vallon. Celui-ci était parsemé des sapins courbés et chétifs, et ses flancs abrupts étaient revêtus de langues de cerf et de buissons d’airelles. Au fond se trouvait un espace plane où le ruisseau courait bruyamment sur de luisants cailloux. Ils s’y arrêtèrent. Il était maintenant près de trois heures après midi, et ils étaient seulement à quelques milles des Portes. Le soleil passait déjà à l’ouest.
Pendant que Gimli et les deux plus jeunes hobbits allumaient un feu de broussailles et de sapin, et allaient puiser de l’eau, Aragorn s’occupa de soigner Sam et Frodo. La blessure de Sam était peu profonde, mais elle paraissait vilaine, et Aragorn prit un air grave en l’examinant. Au bout d’un moment, il leva des yeux soulagés.
« C’est une chance, Sam ! dit-il. Bien des guerriers ont reçu pire récompense pour avoir abattu leur premier orque. La plaie n’est pas empoisonnée, comme le sont trop souvent les blessures des lames orques. Elle devrait bien guérir une fois que je l’aurai pansée. Lavez-la quand Gimli aura fait chauffer de l’eau. »
Il ouvrit sa bourse et en tira quelques feuilles flétries. « Elles ont séché et perdu un peu de leurs vertus, dit-il, mais il me reste encore quelques-unes des feuilles d’
« Je vais bien, dit Frodo, hésitant à laisser toucher ses vêtements. J’avais seulement besoin d’un peu de nourriture et de repos. »
« Non ! dit Aragorn. Il faut regarder de plus près ce que le marteau et l’enclume vous ont fait. Je m’étonne encore que vous ayez même survécu. » Ôtant délicatement la vieille veste de Frodo et sa tunique usée, il ravala un cri de surprise. Puis il rit. Le corselet argent étincelait à ses yeux comme la clarté des astres sur une mer ondoyante. Il le retira soigneusement, et tandis qu’il la tenait à la lumière, ses gemmes scintillèrent comme des étoiles ; le son des anneaux secoués rappelait le tintement de la pluie dans l’étang.
« Regardez, mes amis ! s’écria-t-il. Voici une belle peau de hobbit pour apprêter un petit prince elfe ! S’il était connu que les hobbits ont un tel cuir, tous les chasseurs de la Terre du Milieu s’en courraient vers le Comté ! »
« Et toutes les flèches de tous les chasseurs du monde resteraient vaines, dit Gimli, contemplant l’armure avec émerveillement. C’est une chemise de mithril. De mithril ! Je n’avais pas idée qu’il y en eût de si belle. Est-ce là la cotte de mailles dont Gandalf parlait ? Alors il la sous-estimait. Mais elle fut donnée à bon escient ! »
« Je me suis souvent demandé ce que vous maniganciez, Bilbo et toi, enfermés dans sa petite chambre, dit Merry. Béni soit-il, le vieux hobbit ! Je l’aime plus que jamais. J’espère qu’on aura la chance de lui raconter ça ! »