— Ça me fatigue. Et si tu crois que c'est papa qui donne les ordres à la maison, tu te mets le doigt dans l'œil, c'est maman!… Dis donc?… Tu ne serais pas en train d'essayer de devenir ma maman à moi?

— Oh! ta gueule, Scott, c'est sérieux!

— Qu'est-ce que tu lui trouves?

— A qui?

— A ton Grec?

— Je l'ai vu une fois dans ma vie. Tu sais ce qu'a dit de lui Dodino?

— Qui ça?

— Amore Dodino, un Français, une folle perdue! Tu le verras chez Nut après demain, il est de la fête… »

Scott feignit la colère et enserra le cou de Peggy entre ses mains :

« Tu vas me dire d'où tu connais ces guignols que je n'ai jamais vus! »

Elle se dégagea :

« Écoute, c'est trop drôle! Il a dit de Satrapoulos : « Il « est beau comme Crésus! » Maintenant, tâche d'oublier que j'adore les métèques et sache que lorsqu'on met Crésus dans son jeu, on se retrouve président de la Fédération en deux coups de cuiller à pot!

— Avec son argent à lui et tes idées à toi…

— Oui, monsieur, exactement! Et remercie le Ciel d'avoir rencontré quelqu'un qui pense pour toi! »

D'un coup de reins, elle se déplaça, vint mettre sa tête contre la sienne et lui mordilla l'oreille assez durement :

« Tiens! Pour t'apprendre à entendre mon cœur là où il ne bat pas! »

Il la regarda d'un air enfantin :

« Peux-tu me dire pourquoi je suis amoureux d'une tordue comme toi?

— Parce que tu aimes les emmerdeuses. Et que je suis vieille, moche, stupide et pauvre. Tu vas m'écouter?

— Non. Ou alors, explique-moi encore une fois ce qui t'a poussé à te fiancer à ce crétin débile?

— Pour t'empoisonner!

— Qu'est-ce que je t'avais fait?

— Tu n'avais qu'à demander ma main plus vite!

— Tu le revois?

— Tony?… non…

— Oui ou non?

— Oui, il est revenu à la charge.

— Il t'aime toujours?

— Lui? Tu rigoles! Il s'aime toujours! Seulement, il est vexé. Il dit qu'en rompant avec lui je l'ai fait passer pour un con aux yeux de toute l'Amérique.

— Sa réputation était déjà faite avant de te connaître… Il t'ennuie… souvent?

— Trop pour mon goût.

— Tu veux que je m'en occupe?

— Il est trop vaniteux pour reconnaître la réalité. C'est un bébé prolongé imbu de lui-même. Un sale mec…

— Je m'en occupe? »

Le visage de Peggy s'assombrit :

« Laisse tomber, je suis encore assez grande pour lui river son clou s'il insiste. C'est à cause de toi, tu comprends, j'ai toujours peur qu'il provoque un scandale…

— Écoute…

— Non, je t'en prie! J'en fais mon affaire.

— Comme tu voudras… Dis-moi, ton Grec… Quel intérêt de vouloir financer ma campagne?

— Je n'ai jamais dit qu'il voulait! J'ai dit qu'on pouvait essayer.

— Et si je passe, on dira que je me suis payé mon élection avec le fric d'un type douteux. La classe!…

— Pauvre petit garçon! Quand tu seras élu, tu crois qu'on cherchera à savoir comment?

— J'ai appris un truc avant-hier, par un copain du Sénat. Il est cuit, ton gars. On le croyait dédouané, mais ils vont finir par le coincer. Les services financiers ne lui pardonneront pas de les avoir roulés. Il les a aux fesses. Pour commencer, ils vont lui faire raquer dix millions de dollars. Et ce n'est qu'un début! Les grandes compagnies pétrolières exigent que le gouvernement ait sa peau.

— Pas si quelqu'un l'aide.

— Tu connais des gens assez cinglés pour miser sur un cheval malade?

— Oui, toi. Quand un bourrin possède mille millions de dollars, condamné ou pas, il passe le poteau en tête!

— N'y compte pas! Si l'on apprenait qu'il y ait la moindre collusion entre lui et moi, mon élection est foutue!

— Oui, mais si on l'ignore, elle est dans la poche. Essaie de mettre ça dans ta tête de pioche : ce type est un joueur. A ses yeux, tu es un pion dont la valeur est en hausse. Si on s'y prend bien, il marchera! Depuis quand l'argent a-t-il une odeur?

— Le sien en a une.

— Et les grandes entreprises qui te financent, tu t'imagines qu'elles sont gérées par des enfants de chœur? »

Scott la regarda bien en face, longuement :

« Tu sais qu'il a fait de la taule?

— Lui?…

— Eh oui…

— Et alors?

— Ici même. A New York.

— Conduite en état d'ivresse?

— Très drôle… Je te dis qu'il est grillé.

— Raconte.

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