Il recula de trois mètres et resta planté, debout, les bras ballants. Peggy alluma une cigarette :
« Maintenant vas-y! Si tu as vraiment quelque chose à me dire, parle! »
Il resta muet. Elle enchaîna :
« C'est maman Fairlane qui t'a conseillé de venir me voir, mon chou?… Alors? »
Tony se tortilla, ne sachant quelle contenance prendre :
« Je vais te dire, poursuivit Peggy, quand je te vois, j'ai envie de dégueuler. Tu es bête, tu es veule, tu es bouffi, tu es un tas de merde. Tu n'es même pas capable de baiser une femme. Tu es un pédé. Tu n'es bon qu'à te branler devant une glace!
— Peggy…
— Ta gueule! Je ne parle qu'aux hommes! Maintenant écoute-moi… Si jamais tu fais quoi que ce soit pour me nuire, le plus petit esclandre, n'importe quoi qui me déplaise, je jure sur ma vie de te faire la peau! Où que tu sois, quoi que tu fasses, que tu sois protégé ou non, je te descendrai! C'est clair? »
Il ne répondit pas. Elle s'approcha de lui. Il ne put réprimer un mouvement de recul qu'il essaya de masquer en cherchant désespérément une pose convenant à sa situation… Elle perçut sa peur :
« Mets-toi à genoux! »
Il tenta de crâner :
« Enfin, c'est idiot…
— A genoux! »
Tony secoua la tête et feignit de sourire, comme si on lui faisait une blague d'un goût douteux à laquelle il se serait résigné à participer avec un brin de condescendance amusée : il s'agenouilla.
« Maintenant, déboutonne ton froc. »
Il leva vers elle des yeux ahuris :
« Déboutonne. »
Il déboutonna…
« Enlève ta ceinture. »
Il eut un sursaut de protestation :
« Ah! non.
— Vite, connard!
— Peggy… C'est ridicule…
— Vite! »
Elle le tenait toujours en joue. Avec terreur, il crut discerner des mouvements d'impatience dans les doigts qui tenaient l'arme. Il s'exécuta. Le pantalon glissa sur ses cuisses, laissant apparaître un caleçon rouge parsemé de myosotis…
« Ton caleçon! »
Il lui jeta un regard suppliant qu'elle ne daigna même pas voir. Toujours dodelinant de la tête, il baissa son caleçon. Peggy passa près de lui et, prestement, subtilisa sa ceinture…
« Maintenant, si tu cries, si tu bouges, je te tue! »
Elle leva haut le bras et abattit la lanière de cuir sur les fesses bronzées. Tony se mordit les lèvres pour ne pas hurler de douleur. À trois reprises, la ceinture siffla et frappa, laissant sur la peau des marques qui rougissaient rapidement.
« La fessée est terminée. Rhabille-toi! »
Maté, il se redressa et remit la ceinture qu'elle lui avait jetée.
« N'oublie jamais! Et maintenant, calte! Dehors! »
Il s'ébroua vaguement…
« Dehors! »
Au moment où il passait devant elle pour atteindre la porte, elle lui cracha en plein visage. C'est alors qu'elle vit Claudette, l'air bouleversé, abasourdie, incrédule. Peggy se mordit les lèvres et lui lança d'un ton féroce :
« Inutile de vous déranger pour raccompagner monsieur. Il ne reviendra plus. »
13
Herman Kallenberg et Madame débarquèrent à l'aéroport de New York à onze heures. A midi, ils entraient dans le hall du Carlyle. A treize heures, les chefs-d'œuvre qui accompagnaient toujours Herman en voyage étaient accrochés aux murs de sa suite — une
Il devait bien cela à Irène après ce qu'il lui avait fait deux jours plus tôt sur les bords de la Tamise…
A quatorze heures, ouvriers et décorateurs envahirent la suite pour y travailler fiévreusement, tandis qu'Irène, conduite par son chauffeur dans la Rolls, allait faire du shopping chez Jack Hanson avant de se précipiter chez Alexandre pour un coup de peigne. De son côté, Kallenberg se rendait à un bain de vapeur, non loin de Central Park, où il avait ses habitudes.
A dix-neuf heures, sans s'être donné le moins du monde rendez-vous, elle et lui firent une apparition simultanée dans le hall du Carlyle. Réjoui, le directeur du palace les rejoignit pour les escorter jusqu'à leur appartement :
« Je crois que vous serez satisfaits… Vous allez voir. »