Alexandra décida de ne pas le rappeler. C'est lui qui nous retrouva. Il retourna tous les soirs au
Il se lança dans un soliloque d'une vingtaine de minutes, expliquant tout ce qui l'avait touché chez Alexandra et pourquoi il savait qu'elle deviendrait une immense vedette.
Il nous expliqua qu'il était un ancien producteur au sein d'une major et qu'il venait de démissionner. Fonder son propre label était le rêve de sa vie, mais il avait besoin d'un artiste à la hauteur de ses ambitions, et Alexandra était l'étoile qu'il attendait depuis longtemps. La force de son discours, son charisme, son enthousiasme, convainquirent Alexandra. Lorsqu'il eut terminé, elle demanda à me parler un instant et m'entraîna à l'écart. Je vis ses yeux qui brillaient d'une intense joie.
— C'est lui, Markie. C'est le bon. Je le sens au fond de moi. C'est lui. Tu en penses quoi ?
— Écoute ton instinct. Si tu crois en lui, il faut foncer. Elle sourit. Elle retourna se rasseoir à la table et dit à Eric :
— C'est d'accord, dit-elle. Je veux faire ce disque avec vous.
Ils signèrent une promesse d'engagement sur un bout de papier.
Ce fut le début d'une aventure extraordinaire. Eric nous prit sous son aile. Il était marié et père de deux enfants, et nous passâmes un nombre incalculable de dîners chez lui, à préparer le premier album d'Alexandra.
Nous montâmes un groupe, auditionnant des musiciens de la région dans un studio qu'Eric s'était fait prêter.
Puis commença le long processus d'enregistrement, qui dura plusieurs mois. Alexandra et Eric choisirent les douze morceaux qui composeraient l'album et travaillèrent sur les arrangements. Puis il y eut tout le travail en studio.
En octobre 2003, environ une année et demie après notre installation à Nashville, le premier disque d'Alexandra était enfin prêt.
Il fallait maintenant trouver un moyen de le faire connaître. Dans ce genre de situation, il n'y avait qu'une solution : prendre une voiture et sillonner le pays pour faire la tournée des radios.
Et c'est ce que nous fîmes, Alexandra et moi.
Nous traversâmes le pays de part en part, du nord au sud et d'est en ouest, allant de ville en ville, pour distribuer le disque aux chaînes de radio, et surtout persuader les programmateurs de diffuser ses chansons.
Tous les jours, c'était un recommencement. Une nouvelle ville, de nouvelles personnes à convaincre. Nous dormions dans des motels bon marché, où Alexandra parvenait à amadouer le personnel et utiliser la cuisine pour préparer des biscuits ou un gâteau à l'intention des responsables de la radio. Elle écrivait aussi de longues lettres manuscrites pour les remercier de leur attention. Elle n'arrêtait jamais. Elle y passait ses soirées, parfois ses nuits. Je somnolais sur le comptoir de la cuisine ou sur un coin de table à côté d'elle. La journée, je conduisais et elle dormait sur le siège passager. Puis nous arrivions à la station radio du jour et elle distribuait ses disques, ses lettres, ses biscuits. Elle envahissait les stations de radio de sa présence fraîche et pétillante.
Sur la route, nous écoutions attentivement les radios. À chaque nouveau morceau, nous espérions, le cœur battant, que ce pourrait être elle. Mais rien.
Puis, en avril, un jour que nous montions dans la voiture, j'allumai la radio et là, nous l'entendîmes soudain. Une radio diffusait sa chanson. Je montai le volume au maximum, je la vis éclater en sanglots. Elle laissait rouler sur ses joues des larmes de joie, elle me prit contre elle et m'embrassa longuement. Elle me dit que tout ça, c'était grâce à moi.
Cela faisait presque six ans que nous étions ensemble, six ans que nous étions heureux. Je pensais que rien ne pouvait nous séparer. Sauf le Gang des Goldman.
C'est Alexandra qui réunit à nouveau le Gang des Goldman.
Elle était encore en contact régulier avec Woody et Hillel.
Elle me dit, un jour du printemps 2004 : « Il faut que tu parles à Hillel, il doit savoir pour nous deux. C'est ton ami, et c'est le mien aussi. Les amis ne se mentent pas ainsi. »
Elle avait raison, et je le fis.
Au début du mois de mai, je me rendis à Baltimore. Je lui racontai tout. Quand j'eus fini de parler, il me sourit et se jeta dans mes bras :
— Je suis tellement content pour toi, Markie.
Je fus surpris de sa réaction.
— Vraiment ? lui demandai-je. Tu n'es pas fâché ?
— Pas le moins du monde.
— Mais nous avions fait ce pacte, dans les Hamptons…
— Je t'ai toujours admiré, me dit-il.
— Qu'est-ce que tu me racontes ?