— Les enfants, nous apprécions ce que vous faites pour Scott, dit Madame Neville à Woody et Hillel. Mais vous devez comprendre que la situation est compliquée. Scott est malade.

— On sait qu'il est malade, mais il doit bien aller à l'école, non ? rétorqua Woody.

— Mes chéris, expliqua doucement Tante Anita, Scott serait peut-être mieux dans une école privée.

— Mais Scott a envie de venir à Buckerey avec nous, insista Hillel. Ce serait injuste de l'en priver.

— Il faut vraiment faire très attention à lui, expliqua Gillian. Je sais que vous ne pensez pas à mal, mais avec toutes vos histoires de football…

— Ne vous inquiétez pas, Madame Neville, dit Hillel, il ne court pas. Nous le mettons dans une brouette et Woody le pousse.

— Les enfants, il n'est pas habitué à toute cette agitation.

— Mais il est heureux avec nous, Madame Neville.

— Les autres enfants vont se moquer de lui. Dans une école privée, il est mieux protégé.

— Si des élèves se moquent de lui, nous leur casserons à chacun le nez, promit gentiment Woody.

— Personne ne va casser le nez de personne ! s'énerva Oncle Saul.

— Pardon, Saul, répondit Woody. Je voulais juste aider.

— Ça n'aide pas du tout. Patrick prit la main de sa femme.

— Gil', Scott est tellement heureux avec eux. Nous ne l'avons jamais vu comme ça. Il vit enfin.

Patrick et Gillian finirent par autoriser Scott à rejoindre Buckerey High, où il débarqua avec Hillel et Woody à l'automne 1994. Mais leurs craintes étaient fondées : dans l'univers privilégié d'Oak Tree, leur fils avait été à l'abri. Dès son premier jour au lycée, à cause de son aspect maladif il devint la cible des autres élèves. Il fut l'objet de regards et de moqueries. Cette même première journée, désorienté dans l'immensité des couloirs du nouveau bâtiment, il demanda la direction de sa salle de classe à une fille dont le petit ami, un costaud de dernière année, le coinça dans un couloir à la fin de la journée, lui tordit le bras devant tout le monde avant de lui coincer la tête dans un casier sans porte. Woody et Hillel l'y récupérèrent en sanglots. « Ne dites rien à mes parents, supplia Scott. S'ils savent, ils vont me changer d'école. »

Il fallait faire quelque chose pour Scott. Après une brève concertation entre Hillel et Woody, il fut décidé que ce dernier donnerait une raclée au costaud dès le lendemain matin, afin que tous les autres élèves soient clairement informés des conséquences de toute atteinte contre leur ami.

Que le costaud — Rick de son prénom — soit un pratiquant assidu d'arts martiaux n'impressionna pas Woody, ni ne fut d'une quelconque utilité au pauvre garçon. Comme convenu, le lendemain matin à la pause, Woody alla trouver Rick et le terrassa d'un coup de poing dans le nez, sans sommation. Rick étendu par terre, Hillel en profita pour lui verser son jus d'orange sur la tête et Scott dansa autour de son corps, les bras levés, criant victoire. Rick fut emmené à l'infirmerie et les trois autres dans le bureau de Monsieur Burdon, le principal du lycée, où furent convoqués d'urgence Oncle Saul et Tante Anita, Patrick et Gillian Neville et le coach Bendham.

— Bravo à vous trois, les félicita le principal Burdon. Deuxième jour d'école de votre première année ici, et vous tabassez déjà un de vos camarades.

— Vous êtes devenus fous ? les réprimanda le coach Bendham.

— Vous êtes devenus fous ? répétèrent les parents Neville.

— Vous êtes devenus fous ? reprirent Oncle Saul et Tante Anita.

— Ne vous inquiétez pas, Monsieur le principal, expliqua Hillel, nous ne sommes pas des brutes. C'était une guerre préventive. Votre élève Rick prend un malin plaisir à terroriser les plus faibles que lui. Mais il se tiendra tranquille désormais. Parole de Goldman.

— Silence, au nom du Ciel ! s'énerva Burdon. De toute ma carrière, je n'ai encore jamais vu pareil ergoteur. C'est le lendemain de la rentrée et vous êtes déjà en train de donner des coups de poing dans le nez de vos camarades ? Record battu ! Je ne veux plus avoir affaire à vous ! C'est compris ? Quant à toi, Woody, c'est un comportement indigne d'un membre de l'équipe de football. Encore un écart de ce genre, et je te fais exclure de l'équipe.

À Buckerey personne ne s'en prit plus jamais à Scott. Quant à Woody, sa réputation était faite. Respecté dans les couloirs du lycée, il le fut rapidement sur les terrains de football où il brillait avec les Chats Sauvages de Buckerey. Tous les jours, après les cours, il se rendait à l'entraînement de football sur le terrain du lycée, accompagné d'Hillel et Scott qui, avec l'accord du coach Bendham, s'installaient sur le banc des entraîneurs et observaient l'équipe.

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