Il décida de la distribution des rôles après avoir organisé une audition truquée parmi les participants au cours. Scott, à sa plus grande joie, obtint le rôle de George et Woody, celui de Lennie.
— Tu as le rôle du débile, expliqua Hillel à Woody.
— Hé, je veux pas jouer un débile… Mademoiselle Anderson, vous ne pouvez pas trouver quelqu'un d'autre ? En plus, je suis nul à ces trucs. Moi, ce que je sais faire, c'est jouer au football.
— Ta gueule, Lennie, ordonna Hillel. Va prendre ton texte, on va faire des essais. Allez, tout le monde se met en place.
Mais après la première répétition, plusieurs parents d'élèves se plaignirent au principal Burdon de la teneur du texte que l'on voulait faire jouer aux élèves. Celui-ci leur donna raison et pria Mademoiselle Anderson de choisir un texte plus approprié. Furieux, Hillel s'en alla trouver le principal Burdon dans son bureau pour lui demander des explications.
— Pourquoi avez-vous interdit à Mademoiselle Anderson de nous faire jouer
— Des parents d'élèves se sont plaints de la pièce et je trouve qu'ils ont raison.
— Je serais curieux de savoir de quoi ils se sont plaints.
— Le texte est truffé de gros mots, et tu le sais très bien. Allons, Hillel, veux-tu vraiment que ce spectacle, censé être la fierté de l'école, soit un ramassis d'argot et de grossièretés blasphématoires ?
— Mais c'est John Steinbeck, enfin ! Êtes-vous complètement fou, principal ? Burdon le fusilla du regard.
— C'est toi, Hillel, qui es fou d'oser me parler sur ce ton. Je vais t'accorder une faveur et faire comme si je n'avais rien entendu.
— Mais enfin, vous ne pouvez pas interdire un texte de Steinbeck !
— Steinbeck ou pas, je refuse que ce livre épouvantable et provocateur soit lu dans cette école.
— Eh bien, cette école est nulle !
Hillel, furieux, décida d'abandonner le cours d'art dramatique. Il était fâché contre Burdon, contre ce qu'il représentait, contre le lycée. Il arbora son air triste des mauvais moments d'Oak Tree, il se sentait déprimé. Ses résultats scolaires devinrent catastrophiques et ses parents furent convoqués par Mademoiselle Anderson. Tante Anita et Oncle Saul, qui n'avaient rien vu venir, découvrirent un aspect d'Hillel très différent du garçon lumineux qu'il pouvait être. Il avait perdu tout intérêt pour l'école, il se montrait insolent avec ses professeurs et enchaînait les mauvais résultats.
— Je crois qu'il n'est pas attentif parce qu'il n'est pas motivé, expliqua gentiment Mademoiselle Anderson.
— Mais alors, que faut-il faire ?
— Hillel est vraiment très intelligent. Il s'intéresse à tellement de choses. Il en sait beaucoup plus sur tout que la plupart de ses camarades. La semaine dernière, j'ai essayé péniblement d'expliquer à la classe les bases du fédéralisme et le fonctionnement de l'État américain. Lui, il connaît déjà la politique sur le bout des doigts et il me faisait des comparaisons avec la Grèce antique.
— Oui, il est passionné par l'Antiquité, s'amusa tristement Tante Anita.
— Monsieur et Madame Goldman, Hillel a quatorze ans et il lit des livres sur le droit romain…
— Qu'est-ce que vous essayez de nous dire ? demanda Oncle Saul.
— Qu'Hillel serait peut-être plus heureux dans une école privée. Avec un programme adapté. Il y serait tellement plus stimulé.
— Mais il en vient… Et puis, il ne voudra jamais être séparé de Woody.
Oncle Saul et Tante Anita essayèrent de lui parler pour comprendre ce qui se passait.
— Le problème, c'est que je crois que je suis nul, dit Hillel.
— Mais comment peux-tu dire une chose pareille ?
— Parce que j'arrive à rien. J'arrive pas du tout à me concentrer. Même si je le voulais, je n'y arriverais pas. Je comprends rien aux cours, je suis complètement perdu !
— Comment ça,
— Je promets d'essayer de faire un effort, répondit Hillel. Tante Anita et Oncle Saul demandèrent également un rendez-vous au principal Burdon.
— Hillel s'ennuie peut-être en classe, dit Burdon, mais Hillel est surtout un pleurnicheur qui n'aime pas la contrariété ! Il a commencé le cours de théâtre et, soudain, il a tout lâché.
— Il a abandonné parce que vous avez censuré sa pièce…
—
— Peut-être qu'Hillel est un garçon en avance sur son âge, suggéra Tante Anita.