— Tu peux donc comprendre comment la culture gréco- latine a été en partie transmise à la culture romaine-catho- lique à l'ouest, à la culture romaine-orientale à l'est et à la culture arabe au sud. Pour simplifier, disons que le néo-plato- nisme fut transmis à l'ouest, tandis que Platon et Aristote le furent chez les Arabes au sud. Mais chaque bras du fleuve divisé en trois gardait des^ caractéristiques du fleuve tout entier et à la fin du Moyen Age les trois bras de mer se rejoi gnirent en Italie du Nord. L'influence arabe venait des Arabes d'Espagne, l'influence grecque de la Grèce et de Byzance. Ce fut l'avènement de la « Renaissance » (re-naissance), c'est-à- dire le retour aux sources de l'Antiquité. D'une certaine manière, la culture antique avait donc survécu à cette longue traversée du désert que fut le Moyen Age.
— Je comprends mieux à présent.
— Mais n'anticipons pas. Nous allons d'abord parler un peu de la philosophie du Moyen Age, mon enfant. Maisje ne vais plus te tenir de discours du haut de cette chaire. Attends, je descends.
Sophie avait une irrépressible envie de dormir et avait du mal à garder les yeux ouverts. A la vue de l'étrange moine qui descendait de la chaire, elle se crut en plein rêve.
Alberto marcha droit vers l'autel. Il leva d'abord les yeux en direction du vieux crucifix. Puis il se tourna vers Sophie et, à pas lents, vint s'asseoir à côté d'elle sur le banc de l'église.
Quelle étrange sensation d'être si près de lui ! Sophie devina des yeux sombres sous la capuche. Ils étaient ceux d'un homme d'un certain âge aux cheveux foncés et à la barbe en pointe.
« Qui es-tu ? pensait-elle. Pourquoi as-tu fait irruption dans ma vie ? »
— Nous allons apprendre à mieux nous connaître, dit-il comme s'il lisait dans ses pensées.
La lumière de l'aube, filtrée par les vitraux, éclairait peu à peu toute l'église tandis qu'Alberto poursuivait son récit sur la philosophie du Moyen Age.
— Les philosophes de cette époque avaient tout simple ment admis que le christianisme disait la vérité sans trop se poser de questions, commença-t-il. Tout le problème était de savoir si l'on pouvait se contenter de
Sophie fit un signe d'impatience de la tête. Elle avait déjà répondu à cette question sur la foi et le savoir dans son devoir de religion.
— Nous allons examiner le point de vue de deux grands philosophes du Moyen Age et nous allons commencer par
— Tu peux me donner des exemples ?
— Eh bien, il fut un temps
— Alors c'est comme ça qu'il est devenu évêque néo platonicien ?
— Oui, c'est une façon de dire les choses. Il s'est d'abord converti, mais le christianisme de saint Augustin est très influencé par la pensée platonicienne. Aussi ne peut-on pas vraiment parler de réelle rupture^ avec la philosophie grecque dès que l'on aborde le Moyen Age chrétien, car une grande partie de la philosophie grecque continua à vivre pendant cette période grâce à des Pères de l'Eglise comme saint Augustin.
— Tu veux dire par là que saint Augustin était à cinquante pour cent chrétien et à cinquante pour cent néo-platonicien ?