— Tout juste. Le christianisme vint en Norvège un peu avant 1100, mais ce serait exagéré de prétendre que la Norvège fut christianisée après la défaite de Stiklestad. Un grand nombre de croyances païennes continuèrent à circuler sous la surface du christianisme et beaucoup d'éléments pré chrétiens se mêlèrent aux représentations chrétiennes. Pre nons l'exemple du Noël norvégien : d'anciennes coutumes norroises se sont alliées aux coutumes chrétiennes comme dans la traditionnelle fête de mariage. On peut vérifier à ce propos la vieille règle qui veut que chaque partie du couple se met à ressembler à l'autre. Cependant le christianisme ne tarda pas à imposer sa vision du monde. C'est pourquoi nous disons que le Moyen Age est sous le signe d'une « culture chrétienne unifiée ».

— Ce n'était donc pas si sombre et lugubre que ça?

— Certes, on assista dans les premiers siècles qui suivirent l'an 400 à une véritable décadence. L'époque romaine avait été une période faste pour la culture avec des métropoles qui avaient des égouts, des bains et des bibliothèques publiques. Sans parler d'une architecture grandiose. Toute cette culture vola en éclats au début du Moyen Age. Le commerce et les finances aussi. On en revint à l'économie familiale et au troc. Le monde économique fut marqué par ce que l'on a appelé le féodalisme. De grands seigneurs possédaient la terre que des vassaux devaient travailler pour gagner de quoi rester en vie. Il y eut aussi, au cours des premiers siècles, une violente baisse de la démographie. Rome par exemple comptait un million d'habitants sous l'Antiquité, mais en l'an 600 la population était réduite à 40 000 habitants, une miette quoi ! On imagine deux pelés et un tondu déambuler parmi les ruines des monuments grandioses datant de l'âge d'or de la ville. Pour trouver des matériaux de construction, ils n'avaient qu'à se servir! Cette pratique a naturellement fort contrarié les archéologues qui auraient aimé que les gens du Moyen Age laissent les ruines comme elles étaient.

— C'est facile à dire après !

— La grandeur de Rome n'était déjà plus qu'un souve nir vers la fin du IIIe siècle. Mais l'évêque de Rome devint le chef de toute l'Eglise catholique et reçut le nom de « pape », c'est-à-dire de « père », et fut considéré comme le porte- parole de Jésus sur terre. Rome fut donc le siège de la papauté durant presque tout le Moyen Age. Ils furent peu à oser s'élever contre Rome. Jusqu'au jour où les rois et les empereurs des nouveaux royaumes devinrent assez puissants pour s'attaquer au pouvoir de l'Eglise.

Sophie leva les yeux vers le moine qui en savait si long :

— Tu as dit que l'Eglise fit fermer l'Académie de Platon à Athènes. Tous les philosophes grecs tombèrent alors dans l'oubli?

— Oui, mais seulement en partie. On avait connaissance de quelques écrits de Platon ou d'Aristote ici et là. L'Empire romain se divisait en trois zones culturelles : à l'ouest, la cul ture chrétienne de langue latine avec Rome pour capitale, à l'est, la culture chrétienne de langue grecque avec Constanti- nople comme capitale, la ville prenant plus tard le nom grec de Byzance. (C'est pourquoi nous parlons du « Moyen Age byzantin » en opposition au Moyen Age catholique romain.) Et l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient ayant aussi fait par tie de l'Empire romain, on vit s'épanouir en ces régions une culture musulmane de langue arabe.

» A la mort de Mahomet, en 632, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord se rallièrent à l'islam, peu après rejoints par l'Espagne. L'islam eut ses lieux sacrés avec des villes comme La Mecque, Médine, Jérusalem et Bagdad. D'un point de vue purement historique, il est intéressant de noter que les Arabes conquirent également la vieille ville hellénistique d'Alexan drie. Aussi une grande partie de la science grecque fut-elle annexée par les Arabes. Durant tout le Moyen Age, les Arabes jouèrent un rôle prédominant dans les mathématiques, la chimie, l'astronomie et la médecine. Dans plusieurs domaines, la culture arabe l'emporta sur la culture chrétienne.

— Je voulais savoir ce qu'était devenue la philosophie grecque.

— Alors essaie de te représenter un large fleuve qui s'est à un moment divisé en trois avant de retrouver sa forme ini tiale.

— Je me l'imagine très bien.

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