fje*/ovi"| qui signifie machine. Mais il convient de faire remar quer que ni Hobbes ni Newton ne voyaient de contradiction entre l'image mécanique du monde et leur foi en Dieu. Cela est vrai pour tous les matérialistes des xvIP et xvIIP siècles. Le médecin et philosophe français
— Alors la libre volonté de l'homme n'est qu'un leurre?
— Oui, tout n'est que le résultat de processus mécaniques, même nos pensées et nos rêves. Au xixe siècle, des matéria listes allemands allèrentjusqu'à dire que les processus de la pensée se comportaient vis-à-vis du cerveau comme l'urine vis-à-vis des reins et la bile vis-à-vis du foie.
— Mais l'urine et la bile sont des matières. Pas les pensées !
— Tu touches du doigt quelque chose d'essentiel. Je vais te raconter une histoire qui dit la même chose : il était une fois un astronaute russe et un spécialiste russe du cerveau qui discutaient à propos de la religion. Ce dernier était chrétien, mais pas l'astronaute. « Je suis allé plusieurs fois dans l'espace, se vanta l'astronaute, mais je n'ai jamais rencontré Dieu ou les anges. » « Quant à moi, répondit le spécialiste du cerveau, j'ai souvent opéré des cerveaux intelligents, mais je n'ai jamais vu une seule pensée. »
— Ce qui ne veut pas dire que les pensées n'existent pas.
— En effet, cela montre que les pensées ne peuvent pas être disséquées ou divisées en des parties de plus en plus petites. Il n'est pas facile par exemple de chasser une idée fausse, car elle est souvent profondément ancrée en notre esprit. Un grand philosophe du xvIIe du nom de
— Effectivement, on se demande bien avec quel couteau !
Alberto se contenta de secouer la tête.
— Les deux plus grands philosophes du xvlle siècle étaient Descartes et Spinoza. Eux aussi s'attachèrent à définir les rapports entre l'âme et le corps et méritent d'être étudiés plus précisément.
— Eh bien, qu'est-ce que tu attends? Il faudra juste que tu me laisses téléphoner si on n'a pas fini pour sept heures.
Descartes
Alberto s était levé et avait ôté son manteau rouge. Il le jeta sur le dossier d'une chaise et se rassit confortablement sur le canapé.
—
— Un peu comme Socrate ?
— Oui, si tu veux. Il partageait avec Socrate la conviction que seule la raison permet une connaissance claire. Nous ne pouvons jamais faire confiance à ce qui est écrit dans les vieux livres. Nous ne pouvons pas non plus nous fier à nos sens.
— C'était aussi l'avis de Platon. Pour lui aussi seule la rai son permettait d'accéder à la connaissance.
— Très juste. Il y a une filiation de Socrate et Platon jusqu'à Descartes en passant par saint Augustin. Ils étaient tous des rationalistes invétérés. Pour eux, la raison était le seul fondement sûr de la connaissance. Après avoir beaucoup étudié, Descartes en vint à la conclusion qu'il ne fallait pas nécessairement se référer à la pensée héritée du Moyen Age. Tu peux en ce sens songer à Socrate qui lui aussi tournait délibérément le dos aux idées reçues qui circulaient à Athènes. Alors que fait-on dans ce cas-là? Tu as une idée?
— On commence à philosopher par soi-même.
— Exactement. Descartes décida donc de voyager en Europe, tout comme Socrate passa sa vie à s'entretenir avec ses concitoyens. Il raconte qu'il voulait dorénavant chercher une connaissance qu'il trouverait soit en lui-même soit dans « le grand livre du monde ». Il rejoignit à cette fin l'armée et put de cette manière séjourner dans diverses villes du centre de l'Europe. Il vécut plus tard quelques années à Paris, puis partit en 1629 pour la Hollande où il travailla presque vingt années à ses écrits philosophiques. En 1649, il fut invité en Suède par la reine Christine. Mais son séjour dans ce qu'il appelait « le pays des ours, de la glace et des rochers » se solda par une pneumonie et il mourut l'hiver suivant en 1650.