— L'époque baroque? Quel drôle de nom !

— Le terme « baroque » vient d'un mot portugais qui signifie une « perle irrégulière ». L'art du baroque se caracté rise en effet par des formes très contrastées en opposition à l'art de la Renaissance qui prônait la simplicité et l'harmonie.

Nous retrouvons la glorification de la vie comme sous la Renaissance, mais nous tombons aussi dans l'autre extrême avec la négation de la vie et le renoncement au monde. Que ce soit dans l'art ou la vie réelle, la vie s'épanouit avec un faste sans précédent alors que dans le même temps, les monastères incitent à se retirer du monde.

— En résumé, de fiers châteaux et des monastères cachés ?

— En gros, c'est ça. Une des devises du baroque était l'expression latine carpe diem, qui signifie « cueille le jour ». Il est également une autre expression latine qui revenait sou vent : memento mori, ce qui signifie « rappelle-toi que tu mourras un jour ». Dans la peinture c'est particulièrement clair, puisque le même tableau peut montrer une débauche de formes de vie avec un squelette tout en bas dans un coin. A maints égards, le baroque était caractérisé par la vanité ou la fatuité. Mais, parallèlement, beaucoup étaient obsédés par le caractère éphémère de la vie. C'est-à-dire que toute la beauté qui nous entoure est condamnée à disparaître un jour.

— Mais c'est vrai. Je trouve que c'est triste de penser que rien ne dure éternellement.

— Là tu penses exactement comme les hommes du xviie siècle. Sur le plan politique aussi, le baroque fut une époque de grands conflits. L'Europe était déchirée par des guerres, dont la plus meurtrière fut la guerre de Trente Ans qui dévasta des régions entières de 1618 à 1648. Ce terme recouvre en fait plusieurs guerres qui firent surtout ravage en Alle magne. Une des conséquences de cette guerre interminable fut que la France devint la première puissance européenne.

— Pourquoi y avait-il la guerre ?

— Il s'agissait avant tout d'un conflit entre les protestants et les catholiques. Mais il y avait bien entendu un arrière-plan politique.

— Comme au Liban, quoi.

— Au xvne siècle, les différences de classes étaient très importantes. Tu as sans aucun doute entendu parler de la noblesse française et de la cour à Versailles. Mais je ne suis pas si sûr que tu en saches autant sur la pauvreté du peuple à la même époque. Qui dit déploiement de magnificence dit aussi déploiement de pouvoir. Il suffit de penser à l'art et à l'architecture baroques : les monuments sont comme ember lificotés avec toutes sortes d'angles et de recoins, à l'image de la politique où régnaient en maîtres les assassinats, les intrigues et les coups fourrés.

— Est-ce qu'il n'y a pas eu un roi suédois qui a été abattu dans un théâtre ?

— Tu penses à Gustav III, et cela illustre bien ce que je viens de dire. Gustav III fût assassiné en 1792, mais les cir constances de sa mort sont représentatives du baroque puisqu'il fut tué lors d'un grand bal masqué.

— Je croyais que c'était dans un théâtre.

— Ce grand bal masqué eut lieu à l'Opéra et le meurtre du roi marqua la fin du baroque en Suède, car il avait été, comme Louis XIV un siècle plus tôt, un « despote éclairé ». Mais c'était un homme très vaniteux qui raffolait de tout le cérémonial et des courbettes à la française. Ce n'est donc pas un hasard s'il avait une passion pour le théâtre...

— Et il en est mort.

— Mais le théâtre à l'époque baroque ne se limitait pas à un simple mode d'expression artistique. C'était tout un symbole.

— Un symbole de quoi ?

— De la vie, Sophie. Au xvlle siècle, on ne cessait de répéter que « la vie est un théâtre ». C'est à l'époque baroque qu'on créa le théâtre moderne avec ses coulisses et sa machinerie. On construisait de toutes pièces une illu sion sur la scène pour mieux la mettre ensuite à nu. Le théâtre devint l'image de toute la vie humaine. Le théâtre pouvait montrer que l'orgueil se retourne contre son héros et donner une image impitoyable de la condition misérable de l'homme.

— Est-ce que Shakespeare vivait à l'époque baroque?

— Oui, il écrivit ses plus grands drames autour de 1600. Il est en fait à cheval entre la Renaissance et le baroque. L'idée que la vie est un théâtre se retrouve dans toute son œuvre. Tu en veux quelques exemples ?

— Volontiers.

— Dans la comédie As y ou like it (Comme il vous plaira), il écrit :

Le monde entier est une scène, Hommes et femmes, tous, n'y sont que des acteurs, Chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties, Et notre vie durant, nousjouons plusieurs rôles.

Et dans Macbeth :

La vie n 'estqu 'une ombre qui passe, Un pauvre acteur qui s'agite et parade une heure,

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