La vidéo se rapprochait du moment où le vieil Athènes resurgissait des ruines. Sophie arrêta la bande, car elle ne voyait pas l'intérêt de lui présenter aussi Platon, maintenant qu'elle avait montré qui était Alberto.

il y eut un silence.

— Tu ne le trouves pas mignon? demanda-t-elle d'un ton moqueur.

— Ce doit quand même être une drôle de personne pour se faire filmer à Athènes et envoyer la cassette à une jeune fille qu'il connaît à peine. Quand était-il à Athènes ?

— Je n'en ai aucune idée.

— Mais il y a autre chose...

— Ah?

— Il ressemble d'une manière étonnante à ce major qui a vécu pendant quelques années là-bas dans la forêt dans le petit chalet.

— Eh bien, c'est peut-être lui, Maman...

— Ça fait plus de quinze ans qu'on est sans nouvelles de lui.

— Il est peut-être parti en voyage. A Athènes par exemple.

Sa mère secoua la tête.

— Je me rappelle l'avoir vu une fois dans les années 70 et il paraissait déjà aussi âgé que cet Alberto que j'ai vu aujourd'hui. Il avait un nom étranger.

— Knox?

— C'est possible, Sophie. Peut-être qu'il s'appelait Knox.

— Ce n'était pas Knag, par hasard?

— Non, je dois confondre... De qui veux-tu parler en disant Knox ou Knag ?

— D'Alberto ou du père de Hilde.

— Je commence à tout mélanger.

— Il reste quelque chose à manger?

— Tu n'as qu'à réchauffer la viande hachée.

Deux semaines s'écoulèrent sans qu'Alberto se manifeste. Elle reçut une autre carte d'anniversaire au nom de Hilde mais, bien qu'on approchât de la date, elle n'avait encore rien reçu à son nom.

Un après-midi, Sophie descendit en bus dans la vieille ville et alla frapper à la porte d'Alberto. Il n'était pas chez lui mais il y avait un mot sur la porte :

Tous mes vœux pour ton anniversaire, Hilde ! Nous appro chons du moment décisif: l'instant de vérité, mon enfant. Chaque fois que j'y pense, ça méfait tellement rire que je dois me retenir de faire pipi. Berkeley est dans le coup, évi demment, alors accroche-toi!

Sophie arracha le mot et le glissa dans la boîte aux lettres d'Alberto en sortant.

Zut alors ! Il n'était quand même pas reparti pour Athènes ?

Comment pouvait-il l'abandonner en laissant toutes ces ques tions sans réponse ?

Le jeudi 14 juin en rentrant de l'école, elle aperçut Hermès dans lejardin. Elle courut vers lui et le chien bondit à sa ren contre. Elle lui passa les bras autour du cou comme si lui seul avait le pouvoir de résoudre toutes ces énigmes.

Elle rédigea à nouveau un mot pour sa mère en prenant soin, cette fois-ci, de donner l'adresse d'Alberto.

Elle ne pouvait s'empêcher de penser au lendemain. Non que ce fût le jour de son anniversaire, puisqu'elle ne le fête rait pas avant le soir de la Saint-Jean, mais parce que c'était aussi l'anniversaire de Hilde. Sophie pressentait qu'il se pas serait quelque chose d'important. Ça mettrait en tout cas un terme à toutes ces cartes de vœux du Liban.

Il y avait sur le chemin un terrain de jeux et Hermès s'arrêta devant un banc comme s'il voulait indiquer à Sophie de s'asseoir là.

Elle s'assit et caressa le pelage roux tout en le regardant droit dans les yeux. Il va se mettre à gronder, pensa Sophie. Elle vit ses mâchoires trembler, mais Hermès ne gronda ni n'aboya. Il ouvrit simplement la gueule et dit :

Joyeux anniversaire, Hilde !

Sophie fut comme pétrifiée. Est-ce que c'était le chien qui venait de parler? Non, ce devait être une sorte d'hallucina tion, à force de songer à Hilde. Mais une petite voix en elle lui disait qu'elle avait bien entendu le chien prononcer ces trois mots. Et qui plus est, d'une belle voix grave.

L'instant d'après, l'incident était clos. Hermès aboya bien fort, comme pour dissimuler le fait qu'il venait de parler avec une voix humaine, et se remit en route vers la maison d'Alberto. En levant les yeux vers le ciel, Sophie aperçut quelques gros nuages. Le temps menaçait de changer.

A peine Alberto avait-il ouvert la porte que Sophie lui dit :

— Trêve de politesses. Tu t'es bien fait avoir et tu le sais, va.

— De quoi veux-tu parler, mon enfant?

— Le major a fait parler Hermès.

— Aïe, ça se corse. Il a réussi à faire ça?

— Eh oui !

— Et qu'a-t-ildit?

— Devine !

— « Bon anniversaire » ou quelque chose dans le genre.

— Gagné !

Alberto fit entrer Sophie. Il portait un costume pas très différent de celui de l'autre jour, avec moins de rubans et de dentelles.

— Ce n'est pas tout, déclara Sophie.

— Qu'est-ce que tu entends par là?

— Tu n'as pas trouvé le mot dans la boîte aux lettres ?

— Si, mais je l'ai tout de suite mis à la poubelle.

— Mais que lui a fait ce Berkeley pour qu'il réagisse ainsi ?

— Attendons de voir.

— Mais tu ne vas pas m'en parler aujourd'hui?

— Si, aujourd'hui même.

Alberto s'assit confortablement et commença :

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